Cold Water – Épilogue

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Cold Water – Épilogue
Cold Water – Épilogue
Cold Water – Épilogue
 
Printemps 2020. Tampa, Floride.
 
Je scrute le ciel depuis quelques secondes. Les nuages sont noirs, c'est effrayant. Quand je vois enfin l'éclair que j'attends, je compte. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six. Sept. Huit. Neuf.
 
Coup de tonnerre.
 
L'orage n'est plus qu'à trois kilomètres maintenant, il se rapproche.
 
Je prends quelques secondes pour regarder le coffre de mon 4x4, rempli à ras bord. Mon sac à dos, les bouteilles d'eau, une trousse de premiers soins, les bidons d'essence, les allumettes, le duvet, les conserves, la roue de secours. Tout y est. Je compte, je m'assure que ce sera suffisant. J'essaie de me rassurer en me répétant qu'il n'est pas encore trop tard pour partir.
 
Tout va bien se passer.
 
« Toi aussi tu pars ? »
 
Je sursaute et presque malgré moi, je pose une main sur l'arme de service que j'ai chargée et coincée à l'arrière de mon jean. Mais tout va bien, ce n'est qu'Evan, le petit de l'étage du dessus.
 
« Où sont tes parents ?, je demande en fermant le coffre.
– Ils sont partis au supermarché. Ça fait au moins 4 heures. »
 
Je réprime une grimace ; c'est le chaos là-bas et s'ils ne sont pas revenus, c'est soit qu'ils sont morts, soit qu'ils l'ont lâchement abandonné.
 
« Ils vont rentrer, je dis pour le rassurer. Enferme-toi chez toi et n'ouvre à personne. »
 
Il me fait un salut militaire avant de courir dans l'immeuble. Je fixe la porte et lorsqu'elle se referme, j'ai un pincement au c½ur. C'est la dernière fois que je viens ici, la dernière fois que je vois cet endroit.
 
Un autre éclair. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six. Coup de tonnerre.
 
« Merde. »
 
Je prends une grande inspiration avant de monter en voiture. Je démarre, je fais une marche arrière sur toute la rue et je pars à l'opposé de ce foutu orage pour m'en éloigner au maximum.  
 
Depuis quelques jours, la Floride est plongée dans le chaos. Les tornades et les ouragans se sont succédés sur tout l'état, sans que personne ne puisse fournir d'explications. Le gouvernement fait le mort et de toute façon, l'électricité n'a pas été rétablie. Nous sommes seuls et nous n'avons aucun moyen de communiquer avec l'extérieur – ni entre nous d'ailleurs.
 
Il n'en a pas fallu plus à la population pour complètement perdre les pédales ; quand les gens ne quittent pas l'état, ils pillent les magasins pour faire des réserves. Mon statut de militaire – ou mon arme – m'a permis d'en effrayer plus d'un, mais je sais que d'ici quelques jours, il n'y aura plus que des sauvages en colère qui chercheront à sauver leur famille, coûte que coûte. Chacun pour soi, c'est ce que m'a appris mon père. Je suis préparé à cette situation. Je sais ce qu'il va se passer.
 
Alors je fuis.
 
Ma mère et Rick sont dans le Tennessee ; ils y sont en sécurité dans la maison que j'ai construite pour eux. Ils avaient rapatrié toutes les réserves de Carmel. Je dois les rejoindre parce que je suis en danger dans un état qui risque de disparaître de la carte du monde, si un tsunami lui tombe dessus.
 
Encore un éclair. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Coup de tonnerre. Je m'éloigne mais il se rapproche alors j'accélère. J'ignore les gens qui se battent pour un paquet de riz ou des bouteilles d'eau. J'ignore les stupides qui volent des télévisions parce qu'ils pensent que tout va rentrer dans l'ordre et qu'ils auront au moins gagné ça. Je fonce sur la route en klaxonnant lorsque des imbéciles se trouvent sur mon chemin. Je ne ralenti pas, jamais. Sauf quand je passe sa rue.
 
Il a dû partir ; il n'est pas stupide. Quand on a eu un survivaliste dans sa vie, on sait quand il est temps de partir, non ? Je me rassure en me disant qu'il n'a certainement plus besoin de moi maintenant qu'il a Colin, mais lorsque je réalise que je suis complètement arrêté au milieu du carrefour, je donne un coup de poing sur le volant.
 
« Fais chier ! », je marmonne avec rage.
 
Je ne devrais plus me soucier de personne mais j'aime Louis comme un damné et je suis incapable de l'abandonner. Je veux juste m'assurer qu'il est parti ou qu'il va bien. Juste ça. Même s'il m'envoie chier, même s'il me dit que ce ne sont plus mes affaires. Au moins je saurais.
 
Je braque le volant au maximum pour pouvoir tourner dans sa rue et je roule jusqu'à son immeuble. La rue est déserte, abandonnée. Je quitte la voiture en la verrouillant et, sans perdre de temps, je monte les quelques marches du perron qui me séparent du hall d'entrée. Je pénètre dans l'immeuble et la première chose que je constate est que la plupart des portes sont enfoncées. Les appartements saccagés, vidés.
 
Mon c½ur se met à battre la chamade et je grimpe les marches quatre à quatre jusqu'au troisième étage. Visiblement, seul le rez-de-chaussée a été pillé – mais ça ne me soulage pas pour autant. Je cogne contre sa porte.
 
« Louis ! Ouvre la porte ! »
 
Pas de réponse.
 
« C'est moi ! Ouvre ! Colin ? »
 
Je cogne encore plus fort, comme si ça me permettait de ne pas partir en vrille.
 
« Harry ? »
 
Lorsque j'entends sa voix dans mon dos, le soulagement que j'éprouve me donne presque des ailes. Il est là. Il va bien et il est là. Je fais volte face et les marques que je découvre sur son visage me font l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.
 
« Qui t'a fait ça ? », je demande en prenant délicatement son menton entre mes doigts.
 
Il a la pommette complètement violacée et la lèvre fendue. Sans que je ne m'y attende, ses yeux s'emplissent de larmes et il se blottit entre mes bras. Le bien que ça me fait m'électrise ; je pensais que je ne le reverrais plus et maintenant il est là, contre moi.
 
« T'es pas parti ?, il demande en relevant la tête. Pourquoi t'es là ? T'es pas chez tes parents ? Pourquoi t'es là ? »
 
Sa voix tremble et je le serre aussi fort que possible entre mes bras.
 
« Je t'ai dit que je viendrais te chercher, j'explique simplement. Je crois que j'ai repoussé mon départ au maximum, dans l'espoir que tout rentrerait dans l'ordre. »
 
Je vois dans ses yeux qu'il est reconnaissant, qu'il m'aime et qu'il regrette sans doute ces derniers mois. Je presse mes lèvres contre son front.
 
« Tu sais ce qu'il se passe ?, il demande. C'est le chaos en bas. J'ai été cherché quelques provisions mais tout était dévalisé.
– T'es descendu ? Tout seul ? Louis mais je t'ai dit de ne jamais sortir de chez toi dans ce genre de moment !, je m'exclame.
– Hey... mais je suis là. »
 
Je souffle, je me reprends. Si je cède à la panique maintenant, on est fichus. Mais Louis est là et je retrouve mon équilibre.
 
« Je sais simplement qu'il faut partir vite, je reprends. L'orage se rapproche. Il va être violent. »
 
Il hoche la tête.
 
« Pourquoi t'es pas dans ton appartement ?, je demande quand même. Hein ? T'es sorti cherché des provisions mais ça y est, t'es rentré. Qu'est-ce que tu faisais dans le couloir ? »
 
Louis baisse la tête, sans rien répondre – alors j'ai une monté de haine qui m'effraie vraiment.
 
« Qui t'a fait ça ?, je l'interroge en pointant du doigt son visage ? C'est ce connard de Colin ? »
 
Louis ne répond pas et je prends ça pour un oui. Sans hésiter une seconde, je me retourne et, après avoir donné trois grands coups de pied dans la poignée, la porte s'ouvre en grand.
 
Je repère Colin en moins d'une seconde et comme je sais qu'il a l'intention de se jeter sur moi comme un hystérique, je sors mon arme pour le menacer. Il se fige complètement.
 
« T'es complètement taré ! », il s'exclame avec dédain.
 
J'ai certainement l'air d'un malade mental, oui, mais Je n'ai pas le temps d'être gentil. Pas aujourd'hui. Pas quand je vois le visage de Louis.
 
« T'as de la chance qu'on doive partir. », je réponds simplement.
 
Parce que je l'aurais attaché ici pour qu'il crève de soif.
 
« Amour, va prendre tes affaires, dépêche-toi. »
 
Je sens Louis passer derrière moi, j'ai presque l'impression qu'il s'excuse auprès de Colin de notre intrusion et ça me fout encore plus en colère.
 
« Prends tous les briquets que tu trouves, je lui dis.
– Ok.
– Ton duvet, ta lampe de poche. »
 
Je l'entends qui fouille et s'exécute. Je ne lâche pas l'autre connard des yeux, je ne baisse pas mon arme.
 
« De l'alcool, j'ajoute.
– Hein ? Pourquoi ?, il s'étonne.
– Te soigner. De la vodka, tu as ? Whisky ? Prends tout. »
 
Il cherche et trouve.
 
« C'est bon.
– Des allumettes. Des conserves. De l'eau. »
 
Je n'ai pas envie de laisser quoi que ce soit à ce gros con. Je vois qu'il rage et quand il s'apprête à faire un geste en signe de protestation, je retire le cran de sécurité et je charge.
 
« Tu n'auras même pas le temps de faire un pas, je le préviens.
– Putain mais va te faire foutre, laisse-moi au moins de l'eau, les canalisations de la rue ont pété et y a plus l'eau courante !
– T'avais l'intention d'en laisser à Louis en le jetant dehors ? », je demande très calmement.
 
Il ferme sa gueule et Louis s'approche de moi avec un gros sac. Je le prends et l'enfile sur mon dos.
 
« Tu ne reviendras plus jamais ici. », je lui annonce.
 
Dans ma vision périphérique, je le vois hocher la tête.
 
« Attends !, il dit.
– Met un jogging s'il te plait. Tu seras plus à l'aise. Chaussettes, baskets.
– Celles que tu m'as offertes ?
– Oui. Et le manteau aussi. »
 
Il disparaît dans sa chambre et je sais très bien ce qu'il est allé chercher parce que c'est ce que j'espérais qu'il comprendrait. Notre album photo. C'est stupide de s'accrocher à ce genre de souvenir en ce moment, mais c'est important de se rappeler que tout n'a pas toujours été mal. C'est important de se souvenir de qui on est. De qui on était.
 
« C'est bon. », il dit en revenant, changé, après plusieurs minutes.
 
Je saisis sa main et lie nos doigts. Pas une fois je n'ai quitté l'autre salopard des yeux et quand on est enfin dans le couloir, j'entraîne Louis en courant dans les escaliers. Je balance son sac à l'arrière et on monte en voiture à la hâte. Le ciel était si noir que je sais qu'on a trop trainé.
 
« Attache ta ceinture. », je lui dis alors que je démarre la voiture.
 
Il s'exécute et je pars au quart de tour, alors qu'il serre notre album photo sur ses genoux. Aucun de nous ne parle pendant plusieurs kilomètres et tout ce que je veux, c'est m'enfoncer dans les terres pour ne plus risquer toutes ces intempéries qui semblent se multiplier sur la côte Est des États-Unis. Je crois qu'on a roulé presque une heure comme ça, et quand le ciel s'éclaircit enfin, j'allume la radio dans l'espoir de capter quelque chose, mais toutes les stations grésillent alors j'appuie sur le bouton off.
 
Je tapote nerveusement sur le volant, le regard braqué sur la route. Je sais qu'il est déjà tard, je sais qu'on va devoir s'arrêter pour la nuit. Trop de choses défilent dans ma tête, elles n'ont même plus de sens.
 
« Tu marmonnes. »
 
J'entends le sourire dans sa voix.
 
« Désolé.
– Tu es préoccupé ? », il demande.
 
Je hoche la tête en silence. Je crois que c'est plus simple d'être préoccupé par la fin du monde que par Louis, l'amour de ma vie que je n'étais plus censé revoir, installé dans ma voiture. Je sais gérer la panique, les situations de crises ; j'ai été élevé pour y survivre. En revanche, calmer un c½ur qui bat trop vite parce qu'on s'inquiète pour quelqu'un qu'on aime, ça, personne ne me l'a appris.
 
« Pourquoi t'es revenu ? Pourquoi tu ne m'as pas laissé alors que c'était terminé ? », il demande avec hésitation.
 
Même si je préfère fixer la route, j'attrape sa main et la porte à mes lèvres pour y déposer un baiser. Je l'aime tellement que j'ai du mal à reparler de tout ça ; c'est trop douloureux, trop récent.
 
« Je suis revenu parce qu'on ne laisse pas une gaufrette dans un coin. »
 
Il éclate de rire et mon c½ur décolle sans que je n'y puisse rien du tout. Je suis dingue de lui et c'est insupportable de constater que malgré les mois qui se sont écoulés, le lien qui nous uni est toujours aussi fort.
 
« Je pensais que je serais mieux sans toi une fois que je serais habitué mais c'était faux, il admet. Je ne peux pas vivre sans toi. Je parle de toi chaque fois que j'en ai l'occasion, je dors avec notre album, je vais à la fac en espérant que tu seras fier... »
 
Sa gorge se serre et je suis soulagé autant que blessé ; on a perdu du temps. Toutes ces semaines qu'on aurait pu passer tous les deux, il les a gâchées avec l'espoir d'un avenir qui n'arrivera sans doute jamais. Il n'a pas tous les tords, c'est sûr. Mais j'aurais aimé qu'il me laisse une chance de le convaincre.
 
« Je suis fier de toi. Peu importe tes choix, je t'aime. »
 
Il sourit et quelques larmes lui échappent.
 
« J'aurais dû monter quand Gabriel a pris les cartons.
– Et j'aurais dû descendre quand je t'ai vu pleurer sur le trottoir.
– Tu m'as vu ? »
 
Je hoche la tête.
 
« Je t'ai laissé des dizaines de messages, je suis allé t'attendre à la fac... je ne voulais pas te laisser avoir raison. Je ne pouvais pas te perdre, tu comprends ? » 
 
Louis serre ma main dans la sienne et si nous n'essayions pas de fuir l'état, je me serais très certainement arrêté pour le prendre contre moi.
 
« Je n'aurais jamais du écouter ma s½ur. », il soupire.
 
Je retiens un commentaire et, d'un coup, Louis se redresse de son siège, comme s'il se souvenait de quelque chose d'important.
 
« Ma s½ur ! Bon sang Harry, il faut qu'on aille la chercher ! »
 
Je serre les dents parce que je sais très bien qu'on ne peut pas y aller. L'amoureux en moi hésite, le militaire se dit que si c'est possible alors il faut le faire, mais c'est le survivaliste qui prend le dessus – et il est catégorique.
 
« Hors de question. », je réponds froidement.
 
Mais c'est Louis, il se fiche pas mal du ton que j'emplois parce qu'il me connait par c½ur. Il sait parfaitement que je n'ai pas un fond méchant.
 
« Elle vit à une heure d'ici. Il faut qu'on y aille ! On ne peut pas la laisser ! Qu'est-ce qu'elle va faire toute seule ?, il insiste.
– On va dans le Tennessee, je me borne à répondre.
– Alors laisse-moi descendre. Si ta famille est saine et sauve, je dois m'assurer que la mienne l'est aussi. C'est la seule personne qu'il me reste, Harry. »
 
Je serre le volant entre mes doigts ; je sais qu'il a gagné et c'est vraiment frustrant.
 
« Je ne pourrais pas vous protéger tous les deux, je tente quand même. C'est déjà dur avec toi et c'est...
– S'il te plait. C'est sur la route. Ce n'est même pas un détour ! Si ça se trouve, tout va bien chez elle et ils en sauront plus ! »
 
Il essaie de se rassurer et ça me fait de la peine, parce que s'il est optimiste, moi je suis tout le contraire.
 
« Seulement ta s½ur, je capitule.
– Promis.
– Je suis sérieux, Louis. Si jamais elle est avec son petit ami, une amie ou n'importe qui d'autre, ce sera juste elle. C'est le deal. »
 
Il hoche la tête.
 
« Tu as ma parole. Juste ma s½ur. », il promet.
 
. . .
 
On a roulé en silence jusqu'à Valdosta, en Géorgie, mais on s'est arrêté plusieurs mètres avant de véritablement entrer sur le Campus ; même de l'endroit où nous sommes, nous pouvons voir que la ville est en ruine. Certains immeubles sont en feu.
 
« Ta s½ur n'est plus là, je dis après avoir garé la voiture sur le bas côté.
– Où est-ce qu'elle serait allée ? Hein ? Il faut qu'on aille voir, il répond en rangeant notre album photo dans la boîte à gants.
– C'est trop dangereux. », j'insiste.
 
Mais Louis n'en a fait qu'à sa tête : il détache sa ceinture pour sortir. Je donne rageusement un coup sur le volant et j'ouvre la portière moi aussi.
 
« Attends ! »
 
Louis fait volte face ; il ne sourit pas, parce que je crois qu'il ne sait plus comment faire avec tout ce qu'il se passe, mais je constate qu'il est soulagé que j'ai cédé.
 
« Viens par-là. »
 
Il accourt vers moi alors que j'ouvre le coffre de la voiture.
 
« Qu'est-ce que tu fais ? », il demande.
 
Sans lui répondre, je fouille pour sortir la Vodka ; comme je réalise qu'elle est dans le sac de Louis, sur la banquette arrière, je fais rapidement le tour avant de revenir.
 
« Tu feras tout ce que je te dis sans réfléchir, d'accord ?, je dis en le regardant tendrement.
– Tu viens ?, il demande avec excitation.
– Amour c'est sérieux, ok ? Concentre-toi, je dis en saisissant délicatement son menton. Tu ne parles ni de voiture, ni de provisions. À personne. Pas même à ta s½ur. Nous sommes venus à pieds.
– Quoi ? Mais pourquoi ?
– Parce que s'ils n'ont plus rien, ils voudront ce que nous avons. Tu comprends ? Les gens sont dangereux, Louis. C'est chacun pour soi. »
 
Il hoche la tête ; je crois qu'il commence à comprendre que je ne vais pas rire du tout parce que sa sécurité est en jeu.
 
« Tu restes à mes côtés et surtout, tu ne lâches pas ma main. »
 
Il ne répond pas alors je le fais s'asseoir dans sur le bord du coffre et j'ouvre la bouteille.
 
« Ça va piquer, j'annonce.
– On n'est pas obligés, tu sais. Je peux très bien rester comme ça. On met juste un petit pansement. »
 
Il parle si vite que je comprends qu'il me sera difficile de lui faire mal pour le soigner. Mais on n'a pas le choix.
 
« Si on est obligés. Tu y touches avec tes doigts, si ça s'infecte... »
 
Je ne continue pas ma phrase que parce que je veux pas y penser. Je n'ai pas de pénicilline dans ma trousse de secours et j'ai explosé la bouteille d'alcool dans la salle de bain ce matin, il faut donc qu'on trouve une pharmacie.
 
« Je dois te faire un point, je préviens.
– Oh non, non, non, il dit en secouant vivement la tête. Comme t'as fait à Peter là ? Merci mais non. »
 
Peter. Je n'ai pas entendu ce nom depuis une éternité.
 
« J'ai pas le choix... Plus tu vas parler, plus ça va s'ouvrir. Je vois sur ton visage que tu as mal. 
– Mais je peux très bien me taire. »
 
J'affiche un pâle sourire et je dépose un baiser sur son front. Comme si j'étais en mesure de l'amadouer de cette manière.
 
« On a deux heures avant que le soleil ne se couche, j'explique. Je ne chercherai pas ta s½ur après le couché du soleil et je n'irai pas tant que tu ne seras pas soigné. »
 
Il serre les dents parce qu'il sait que je suis sérieux et qu'il n'a pas le choix.
 
« Vite. », il murmure.
 
Je sors la trousse de secours et je me lave les mains avec du gel hydroalcoolique.
 
« J'ai cassé la bouteille d'alcool ce matin, je dis en désignant la bouteille de vodka. Tu es prêt ? »
 
Il secoue la tête mais je remplis tout de même le bouchon de la bouteille avec un peu de vodka.
 
« À trois, j'annonce. Un, deux... »
 
Et je verse. Il réprime un cri et ses yeux s'emplissent de larmes. Ça me retourne l'estomac de le voir souffrir comme ça. Je l'ai déjà vu avoir mal à cause de son poignet, de... je jette un ½il à son bras et je suis soulagé de constater qu'il n'a plus d'attelle.
 
« Désolé Amour. Désolé. Ça va, je dis en tamponnant doucement avec une compresse. Désolé. »
 
Je sors ce qu'il faut pour le recoudre et je le vois serrer son jean entre ses doigts. Je stérilise l'aiguille à l'aide d'un briquet et j'essaie d'oublier que c'est Louis en fasse de moi, parce qu'autrement je n'y arriverais jamais.
 
« Ça va faire mal. », je le préviens.
 
J'embrasse son front et je l'aide à pencher légèrement sa tête en arrière. Quand je pique, il se crispe encore plus et ses yeux brillent tellement que j'en ai mal au ventre.
 
« Ça va, tu t'en sors bien. », je dis.
 
Quand je tire le fil, les larmes qu'il retenait ont commencé à couler le long de ses tempes.
 
« C'est bientôt fini. », je mens.
 
Parce que j'ai dû faire deux points en plus. En voyant Louis pleurer, je regrette de ne pas avoir tiré une balle dans la tête de ce connard de Colin. Quand je peux enfin couper le fil et lui mettre un petit pansement pour protéger sa blessure, il éclate en sanglots.
 
« Viens par-là... »
 
Je dis en le prenant dans mes bras pour le bercer un moment.
 
« Tu auras moins mal d'ici une heure ou deux, d'accord ? Ça guéri vite. Je suis désolé de t'avoir fait mal. »
 
Le voir pleurer me brise le c½ur, mais je sais que c'était pour son bien alors je me réconforte comme ça.
 
« On y va ? », il finit par murmurer.
 
Je jette un ½il à ma montre et lui caresse mon bracelet de survie au passage. Je pourrais lui demander ce qu'il pense de ma paranoïa aujourd'hui mais je pense que le moment est mal choisi.
 
« Le soleil se couche dans une heure et demi, si nous n'avons pas retrouvé Charlotte d'ici là, on s'en va.
– Quoi ?
– Je refuse de te mettre en danger plus longtemps, tu comprends ? Cette escale est déjà une sacrée entorse à mon règlement.
– C'est quoi ton règlement ?
– Survivre avec une gaufrette. »
 
Il pouffe de rire et se retient la lèvre.
 
« Aïe. Arrête de me faire rire, c'est hyper méchant !, il ronchonne.
– Une heure et demi, je lui rappelle.
– D'accord. », il soupire en retrouvant son sérieux.
 
Je récupère tout de même une lampe torche, deux barres de céréales et une petite bouteille d'eau ; on mangera sur la route. Je referme la voiture et je la verrouille grâce à un code de sécurité installé sur la poignée de porte. Vu le nombre de voitures abandonnées sur le bord de la route, la notre passera inaperçue.
 
« On n'y va pas en voiture ?, il s'étonne alors que je pensais que c'était clair.
– Non, Amour. On ne sait pas ce qu'il se passe là-bas. S'il n'y a plus de voitures en état de fonctionnement ou s'ils n'ont plus de vivres : ils voudront la prendre. », je réexplique.
 
Il ne bronche pas et je tends ma main pour qu'il la saisisse, mais au lieu de ça, il passe ses bras autour de mon cou et embrasse mes lèvres. Doucement, comme une caresse. Parce qu'il a mal.
 
« Merci d'être revenu pour moi, il susurre contre mes lèvres.
– Tu sais très bien que j'aurais été incapable de t'abandonner.
– Je sais. »
 
Il prend ma main pour lier nos doigts et on se met en route tous les deux vers la ville quasiment en ruine.
 
. . .
 
Nous avons mis une vingtaine de minutes à rejoindre le campus. Louis a mangé, moi aussi. On a bu et j'ai balancé la bouteille avant qu'on arrive en ville. Dieu merci, l'université est en périphérie et nous n'aurons que cinq minutes de marche en plus pour rejoindre les résidences universitaires.
 
La ville est complètement détruite ; noircie comme si elle avait entièrement pris feu. Tout semble dévasté. Mais le silence qui devrait régner ici est perturbé par des cris, des hurlements. Des gens qui courent, se cachent. Des bruits de verres brisés. Louis serre ma main dans la sienne et je sens qu'il est collé à moi plus que de raison.
 
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ?, il demande alors que ses yeux parcourent les ruines, inquiets.
– Aucune idée. Ça n'a rien à voir avec chez nous. »
 
Je suppose que c'est raté pour le complément d'informations ; apparemment, la Floride n'est pas le seul état à être coupé du monde.
 
Quand on voit une femme traîner son gamin par le bras pour qu'il avance plus vite, je l'interpelle.
 
« Hey ! »
 
Elle se fige, tétanisée.
 
« J'ai rien du tout. J'ai rien. Mon enfant n'a..., elle commence.
– On ne vous veut aucun mal. », explique Louis.
 
C'est son truc, les gens. Sa voix douce l'apaise et elle se détend. Moi je n'ai pas le temps de prendre des pincettes alors je le laisse faire.
 
« On voudrait savoir ce qu'il s'est passé dans cette ville ? On vient des côtes, on espérait trouver de l'aide.
– Vous n'en trouverez pas ici, elle répond sur un ton trop mystique pour être naturel. Nous avons vu des pluies d'étoiles filantes pendant deux jours. Mon mari disait que c'était l'½uvre de Dieu mais je sentais que c'était faux. Le diable s'est abattu sur nous et l'Enfer s'est déchaîné sur cette ville. Des pluies de feu nous sont tombées dessus sans que nous ne puissions rien faire. Il faisait si chaud. La plupart des bâtiments sont encore en flammes. Les gens sont devenus fous. Ils volent et tuent pour une voiture, un peu d'eau. »
 
Je sens Louis se raidir contre moi, alors je caresse tendrement sa hanche avec mon pouce. Comme si ça pouvait le rassurer.
 
« Vous savez ce qu'il en est de l'université ?, il se risque à demander.
– Ce sont les portes de l'Enfer. Des vapeurs émanant des pierres tombées du ciel les ont frappé. Mais ils sont justement punis, les pécheurs. Ceux qui corrompaient la ville de leurs vices. »
 
Louis et moi restons silencieux, comme si on attendait qu'elle se mette à rire.
 
« Partez tant qu'il en est temps ! », elle ajoute en se signant.
 
Puis elle poursuit son chemin à travers une ruelle, entraînant son fils avec elle.
 
« Elle n'était pas bien, elle. », il dit.
 
Je me dis que c'est peut-être à cause de l'air qu'on respire ici, je ne sais pas.
 
« Ne traînons pas. »
 
Je tire sur son bras et on s'enfonce dans la ville. Je crois que malgré son délire d'Enfer et de vices, cette femme étrange a raison. C'est comme si une pluie de météorites s'était abattue sur la ville.
 
À l'angle de la rue, je sens que l'angoisse de Louis monte parce que lorsqu'on aura tourné, on saura : les résidences universitaires sont au bout. Et cette vieille folle n'avait pas tord ; des flammes se dégagent encore des bâtiments. C'est une vraie fournaise et je suis tellement scotché par le spectacle que je n'arrive pas à retenir Louis lorsqu'il se met à courir en hurlant.
 
« CHARLOTTE !
– LOUIS ! », je hurle à mon tour en courant à sa suite.
 
J'ai du mal à le rattraper ; l'adrénaline le fait courir bien plus vite que d'habitude et quand il se poste devant l'immeuble de sa s½ur, il ne reste pas immobile bien longtemps. Les étages sont encore en feu alors j'accélère et je le rattrape de force.
 
« STOP !, je lui hurle.
– MA S¼UR EST ICI ! »
 
Je le plaque contre un mur et je l'oblige à me regarder.
 
« Tu avais dit que tu m'écouterais, Louis. Ne refais jamais ça, c'est clair ?, je dis, à bout de souffle. On analyse la situation avant de foncer tête baissée.
– Elle vit au premier, Harry ! C'est pas brûlé ! C'est le bâtiment d'à côté qui a provoqué l'incendie des étages !
– On va monter. Calme-toi. »
 
Comme il comprend que je ne le lâcherais pas tant qu'il ne se serait pas calmé, il finit par se détendre.
 
« On va monter. », je répète.
 
Il hoche la tête et je le libère lentement. Louis prend ma main et on grimpe rapidement à l'étage. Je ne sais pas ce qu'on fait ici parce qu'elle n'y est forcément plus. Elle a dû s'enfuir, on ne reste pas dans un immeuble qui risque d'être incendié. Mais je sais qu'on ne pourra pas la chercher ailleurs tant qu'il n'aura pas vu que l'appartement est vide.
 
« CHARLOTTE ?, il hurle sans qu'il n'y ait de réponse. CHARLOTTE ! C'EST MOI ! C'EST LOUIS !
– Elle n'est pas là. », je murmure.
 
On se retrouve devant la porte de la chambre de Charlotte et il se tourne vers moi.
 
« Refais pareil. Pour la porte. Refais pareil !
– D'accord. »
 
Mais avant, j'essaie tout de même de l'ouvrir ; contre toute attente, la poignée se tourne.
 
« C'est pas verrouillé, je dis.
– C'est qu'elle est dedans ! »
 
Il me pousse pour entrer et quand je réalise que si elle est toujours là, ce n'est certainement pas une bonne nouvelle, Louis est déjà en train de fouiller à l'intérieur.
 
« CHARLOTTE !? CHAR... »
 
Sa voix s'étrangle alors je le rejoins à la hâte ; quand mon regard se pose sur le corps inerte de la petite s½ur de Louis, je pose immédiatement mes mains sur ses yeux et je l'attire vers moi en le forçant à se retourner.
 
« Ne regarde pas. Je vais m'en occuper. Ne regarde pas. »
 
Il hoche la tête ; sa lèvre tremble et je sais qu'il va pleurer à nouveau. Peut-être même qu'il s'en voulait d'avoir pleurer pour des points de suture alors que cette douleur là est bien plus intolérable.
 
« Va voir, il murmure. S'il te plaît.
– D'accord. Ne te retourne pas. »
 
Je me détache de lui pour m'avancer vers Charlotte. Je sais qu'elle est morte parce que la pâleur de sa peau ne laisse pas de place au doute ; la dame disait certainement vrai à propos des vapeurs dégagées par les météorites. Je me baisse pour prendre son pouls ; son corps est déjà froid, rigide. Je ferme les yeux quelques secondes et je prends un drap de son lit pour la recouvrir entièrement.
 
« Je suis désolé, Amour. »
 
Lorsque je me retourne, je vois que ses épaules sont secouées de soubresauts. Il pleure silencieusement et c'est certainement pire que tout à l'heure.
 
« Il faut qu'on y aille... Si l'air est contaminé alors, on ne doit pas s'attarder. »
 
Sans se retourner, il sort de la chambre ; lentement au début, puis en courant ensuite. Je le suis rapidement et quand il arrive dans la rue, il se met à vomir. Je lui laisse un moment pour qu'il reprenne ses esprits, mais le soleil commence à se coucher et je n'ai pas envie de croiser n'importe qui.
 
« Louis ? »
 
Il se tourne vers moi, le visage ravagé par les larmes et je tends une main pour qu'il la saisisse ; il se précipite pour l'attraper et on prend la route du retour.
 
« Je suis désolé, je répète.
– Moi aussi. Tellement. »
 
Sa voix tremble et si j'ai envie de m'arrêter pour le serrer dans mes bras, j'estime qu'on n'a pas le temps pour ça maintenant.
 
On met plus de temps à regagner la voiture qu'à l'allée parce que Louis est épuisé. Je suis entraîné à vivre ce genre de choses mais pas lui. Il est épuisé physiquement, psychologiquement, émotionnellement. Mais même s'il ralentit le pas, il n'abandonne pas – et je suis fier de lui parce que je ne le savais pas aussi fort.
 
. . .
 
Nous avons repris la route pour nous éloigner au maximum de cette ville, mais il fait nuit et les phares d'une voiture se repèrent de beaucoup trop loin dans ce genre de route déserte pour qu'on prenne le risque d'avancer encore. Alors quand je vois un chemin quasi désaffecté, je coupe les phares et je m'y engage.
 
Nous n'avons pas prononcé un mot depuis que nous sommes remontés en voiture. J'ai entendu Louis pleurer silencieusement et j'ai pris sa main pour caresser ses doigts chaque fois que j'en ai eu l'occasion. C'était difficile de rester concentré et d'essayer de faire comme si je ne ressentais rien pour ne pas flancher, parce que je suis dévasté de le voir dans cet état.
 
Le chemin que j'ai emprunté débouche sur une ferme qui semble désertée.
 
« On dormira là. », j'annonce.
 
Louis somnole un peu alors quand je parle enfin, il se redresse lentement.
 
« Dans cette maison ?, il s'étonne.
– Oui. Je vais m'assurer qu'il n'y a personne à l'intérieur avant, c'est d'accord ? »
 
Mais quoi qu'il me réponde, il est hors de question qu'il me suive tant que je ne sais pas ce qu'on peut trouver à l'intérieur.
 
« Sans moi ?, il s'inquiète.
– Avec toi au volant près à partir en cas de problème. Tu sais toujours conduire une manuelle ?
– Oui. On appuie sur l'embrayage pour passer les vitesses. T'aurais pu choisir autre chose !, il râle.
– Pour que tout le pays sache la conduire ? Hors de question. Alors, tu te mets derrière le volant.
– Tu me fais confiance ? », il s'étonne un peu.
 
Je mets la voiture au point mort pour lâcher le frein et je me tourne vers lui en souriant.
 
« Je te confierai ma vie, s'il le fallait. »
 
Je me penche vers lui pour embrasser délicatement ses lèvres. La fierté qu'exprime le visage de Louis a gommé, l'espace d'un instant, la fatigue qui l'habite.
 
Je quitte la voiture sans couper le contact et j'attends qu'il soit assis derrière le volant avant de me retourner vers la maison. Je n'hésite pas à sortir mon arme et j'observe chaque pièce, chaque placard. Tout est vide. Comme sur chaque porte, les clés sont restées dans les serrures, je barricade tout et je garde toutes les clés dans ma poche avant de sortir.
 
Je fais signe à Louis que tout est ok et il coupe le moteur. Pendant qu'il sort, je remplis un sac vide avec le strict nécessaire pour la nuit et je verrouille la voiture. Louis saisit ma main et je lie nos doigts pour entrer dans la maison.
 
« Tout est fermé, si quelqu'un essaie d'entrer, on le saura. D'accord ?
– Tu ne vas pas dormir... ?, il s'inquiète.
– Si. On sera bien enfermés. Ne t'en fais pas pour moi. »
 
Il hoche la tête avant de passer ses bras autour de ma taille. Je referme la porte d'entrée et je la bloque avec un secrétaire qui se trouve à côté.
 
« Il y a l'eau courante ?, il demande timidement.
– J'en sais rien. »
 
Je fouille dans mes poches pour sortir la clé de la cuisine et je l'ouvre avant de la refermer derrière nous.
 
Louis se précipite sur l'évier et quand il actionne le robinet l'eau coule.
 
« Ça fonctionne !! », il s'exclame.
 
Il fonce sur la gazinière pour l'allumer et au bout de deux essais, une flamme persiste. Il fouine dans les placards et se tourne vers moi avec un sourire après quelques secondes.
 
« Je te fais des pâtes ?, il demande.
– Non, c'est moi qui t'en fais. Assied-toi. »
 
Il hoche la tête sans s'exécuter pour autant ; il me laisse préparer à manger mais il ne me lâche pas une seconde, alors je me débrouille pour cuisiner pendant qu'il a ses bras autour de ma taille, blotti contre moi. L'euphorie passe, Louis se rappelle qu'il a mal, qu'il est triste, alors un lourd silence s'installe.
 
« C'est prêt. », j'annonce après un moment.
 
Il se détache de moi pour chercher des assiettes et des couverts puis il met la table.
 
« Y a une radio, t'as vu ?, il demande.
– Tiens. », je dis en lui confiant la casserole de pâtes.
 
Il nous sert pendant que je bidouille la radio et, à force de persévérances, on capte enfin quelque chose. La personne qui parle, un homme, annonce, état par état, les catastrophes qui ont frappé le pays. La faille de San Andreas a provoqué un séisme tel que la Californie s'est détachée du continent ; ni lui ni moi n'avons osé évoquer Carmel, mais c'est difficile d'encaisser que nous n'auront plus jamais l'occasion d'y retourner. Parce que c'est là-bas que tout a commencé, c'est là-bas que tout allait bien et qu'on y était insouciants – et ce là-bas n'existe plus. Nous avons écouté la suite en silence puis l'homme qui commente annonce la Floride.
 
« La Floride a été ravagée par le plus gros tsunami enregistré depuis des décennies, la moitié de l'état a disparu sous les eaux et d'après les hélicoptères qui survolent le désastre, il ne resterait plus de l'état qu'une île de quelques kilomètres carré. Il semblerait que la population ait été prise par surprise.
– Ils survolent la zone ? Ils la survolent et ils laissent les gens sans aide ?, s'indigne Louis.
– Ils n'ont pas le choix.
– Tu rigoles ? Ils n'ont qu'à se poser !
– Où ? Puis pourquoi ? Se faire assiéger et mourir aussi ? »
 
Je soupire parce que ça sent la dispute et que je n'ai pas du tout envie que ça arrive.
 
« L'une des premières choses qu'on nous apprend dans les missions de sauvetage, j'explique, c'est que si le sauveteur n'est pas en sécurité lui-même, il ne pourra pas venir en aide à la victime. »
 
Louis baisse la tête en fixant son plat de spaghetti.
 
« Mange. Tu dois prendre des forces. », je dis.
 
Il hausse les épaules, sans relever la tête.
 
« À quoi bon, si c'est pour mourir aussi ?, il chuchote.
– Tu ne vas pas mourir, Louis. Pas tant que je serais là. »
 
Mon ton est plus sec que je ne le veux, mais au moins, il reprend sa fourchette pour continuer de dîner. J'ai raison de penser qu'on sera en sécurité au Tennessee, parce que la plupart des états qui n'avaient pas été ravagé par ce semblant d'apocalypse se trouvaient au centre du pays.
 
Lorsqu'on entend de nouveau parler de la Californie, je coupe la radio – les informations tournent en boucle, l'ambiance est déjà assez lourde comme ça.
 
« Et si on allait voir si la douche fonctionne ? », je demande à la fin du repas.
 
Louis hoche la tête avant de se lever ; certainement par habitude, nous débarrassons la table et faisons la vaisselle avant que je ne referme la cuisine à clé pour qu'on puisse regagner l'étage.
 
. . .
 
C'est difficile de ne pas pouvoir embrasser Louis, surtout lorsque nous faisons l'amour, mais ses grimaces de douleurs me rappellent que les points de suture pourraient céder si nous ne faisons pas attention.
 
J'ai toujours trouvé idiot les scènes d'amour dans les films où l'espoir semblait s'amoindrir à chaque minute. Comme si les protagonistes n'avaient pas autre chose à faire que ça. Mais je réalise aujourd'hui qu'il n'y a rien d'autre à faire qu'à rattraper le temps perdu et montrer à la personne qu'on aime que, même si le monde s'écroule, on n'a pas peur parce qu'on est avec elle.
 
Louis m'a affreusement manqué et j'aurais aimé le retrouver pour des raisons autres que celles-ci. Mais nous sommes réunis maintenant et c'est tout ce qui m'importe.
 
Nous sommes restés silencieux un moment, après l'amour. Je continue de caresser son corps, étendu sur le matelas, et il me regarde distraitement. J'ai l'impression que le temps s'est arrêté, que nous sommes en sécurité à nouveau.
 
« Il serait peut être temps d'aller se doucher maintenant ?, il finit par dire avec un sourire malicieux.
– Il serait temps, oui. On part tôt, demain. »
 
Nous avons pris une douche rapide et nous sommes rhabillés, prêts à partir.
 
« Je ne vais pas dormir avec mes chaussures..., râle Louis après avoir enfilé la paire de chaussettes que je lui avais tendue.
– Bien sûr que si.
– Mais pourquoi ?
– Arrête de faire l'imbécile Louis, tu sais très bien pourquoi. »
 
Il lève les yeux au ciel et comme il sait que je ne vais pas céder, il enfile ses baskets et serre ses lacets avant de venir se coucher dans le lit, entre mes bras.
 
« Tu sais... quelque part, je crois que c'est mieux pour Charlotte. Elle n'aurait pas supporté tout ça.
– Tout ça quoi ?, je demande.
– Tes ordres, ton côté survivaliste... »
 
Je ne réponds rien parce que je comprends bien qu'il a simplement besoin de le dire.
 
« Elle ne t'aurait pas reconnu.
– Depuis qu'on vit en Floride, ta s½ur ne m'aime pas, Louis. Ça aurait été juste une autre occasion pour me détester encore plus. »
 
Il soupire.
 
« Je suis désolé de ce qu'il lui est arrivé, j'ajoute sincèrement. Elle ne méritait pas ça et j'aurais préféré qu'elle soit là, en train de râler. »
 
Louis est reste silencieux un moment ; je me demande même s'il ne s'est pas endormi. Mais ce n'est pas le cas.
 
« Comment tu as su ?
– Su quoi ?, je demande.
– Qu'il fallait partir. »
 
Je hausse les épaules parce qu'au fond, je n'en sais rien du tout.
 
« Je voyais les infos, j'entendais les gens. Puis quand on a été coupé du monde, sans électricité et sans possibilité de communiquer avec les autres états, je me suis dit que ce n'était qu'un début. Je suis même sûr que j'ai trop traîné.
– Et tu n'es pas parti sans moi.
– J'aurais été incapable de partir sans m'assurer que tu étais en sécurité. Loin de cette ville. »
 
Je le serre contre moi.
 
« Je sais que ce n'était plus mes affaires mais je n'ai pas pu partir sans vérifier que tu étais parti.
– Mais j'étais là. »
 
Je hoche la tête avant d'embrasser sa pommette violacée.
 
« Pourquoi est-ce que Colin t'a mis dehors ? Pourquoi est-ce qu'il t'a frappé ?
– Il m'a demandé d'aller chercher à boire et à manger mais je n'ai rien trouvé alors quand je suis rentré, il m'a dit que je ne serais qu'un poids pour lui. Il m'a demandé de sortir.
– Tu as refusé ?
– Oui. J'ai essayé de m'imposer et puis... je ne pouvais pas aller ailleurs, sinon tu ne m'aurais pas retrouvé. »
 
Malgré moi, je souris quand il dit ça. Il n'a de cesse de s'étonner que je sois venu, mais il m'attendait tout de même.
 
« Il m'a bousculé pour me faire sortir mais je ne voulais pas alors il m'a mis un coup de poing et je suis tombé sur le coin de la table.
– Sur ta lèvre ? »
 
 Il hoche la tête. C'est pour ça que c'était ouvert à ce point là. Je soupire et je le blottis contre moi.
 
« Repose-toi, maintenant. »
 
Je crois qu'il n'a pas mis plus d'une minute à s'endormir.
 
. . .
 
« Je vais aux toilettes. », j'entends vaguement.
 
Je sens bien Louis se lever, je l'entends fouiller pour prendre la clé, pousser le meuble qui bloque la porte, mais je ne l'entends jamais revenir. Au début, je n'arrive pas à me réveiller, puis quand je réalise que ce n'est pas normal, je me redresse comme un dingue et je récupère l'arme que j'ai caché sous mon oreiller avant de sortir.
 
« Louis ? », j'appelle en quittant la chambre.
 
Il ne répond pas et là, je comprends que quelque chose cloche pour de vrai. J'avance dans le couloir, arme à la main, jusque devant la salle de bain ; je pousse lentement la porte entrouverte et quand je vois un homme maintenir Louis par le cou en le menaçant d'un couteau de boucher, j'essaie de ne pas perdre mon sang froid tout de suite en l'abattant sur le champ. Je vais lui laisser une chance.
 
Je range mon arme et lève les mains en signe de coopération. Je lis tellement de peur dans les yeux de mon amoureux que j'ai du mal à garder mon calme. Le gars semble épuisé, à bout de nerfs. Je ne sais pas comment il est entré, ni depuis quand il est là.
 
« Ma femme et ma fille sont en bas. La porte de derrière était mal fermée alors on est entrés. On a besoin de votre voiture. », il explique.
 
Je secoue la tête et il resserre son étreinte autour du cou de Louis.
 
« Oh !, je crie en signe de protestation.
– On veut votre voiture. On n'a pas réussi à briser la vitre.
– Ce sont des vitres antichocs. Vous n'auriez même pas réussi à la démarrer, de toute façon. Il y a un code, je réponds très calmement. Je vais vous demander de lâcher mon compagnon, lentement, sans l'égratigner, et nous allons repartir. »
 
Il cligne d'un ½il plusieurs fois de manière incontrôlée ; il a l'air d'avoir complément perdu les pédales.
 
« Hors de question putain !, il s'exclame. J'ai plus rien. Ma femme et ma fille n'ont pas mangé depuis deux jours, je dois prendre votre voiture !
– Il y a encore plein de nourriture dans les placards ici, j'annonce.
– Tout est fermé à clé.
– Je peux vous donner toutes les clés. Mais vous arrêterez de menacer mon compagnon. »
 
Il se met à rire nerveusement et je fais tout pour ignorer le regard de Louis, parce que si je le croise, je sais très bien que je n'aurais plus envie de négocier.
 
« Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?, je demande.
– Je... je suis enseignant dans le secondaire.
– Bien. Ce n'est pas ce que vous enseignez à vos gamins tout de même ? Le chantage et la violence pour parvenir à ses fins ?
– Les temps ont changé. Peut-être que l'enseignant en moi est mort en même temps que la moitié de la population de Floride ou de Californie. »
 
Je serre les dents face à son entêtement.
 
« Vous ne voulez pas négocier alors ?, je demande.
– Putain non ! File moi les clés de ta bagnole où je le vide de son sang comme un porc. »
 
J'affiche un petit sourire vraiment très agacé. La limite a été franchie. C'est bête pour lui parce que je n'avais pas envie de lui faire mal.
 
« Tu sais ce que je suis, moi ? », je demande avec un ton parfaitement neutre.
 
Je crois que ma question l'interpelle parce qu'il réalise qu'à aucun moment il ne s'est demandé qui nous étions. Il sait qu'il est enseignant et que sa femme et sa fille ne peuvent pas l'aider – auquel cas elles seraient avec lui – mais nous, qu'est-ce que nous sommes, hein ?
 
« J'm'en branle, il tente, même s'il n'a plus du tout l'air sûr de lui.
– Bien. »
 
J'analyse quelques secondes la position de ce putain d'enseignant et sans qu'il n'ait le temps de réagir, je sors mon arme pour viser l'épaule du bras avec lequel il tient son couteau et je tire. Ça lui arrache un hurlement ; il lâche son arme sur le champ et Louis vient courir derrière moi.
 
« Va chercher notre sac. », je lui ordonne.
 
Il veut protester mais je lui jette un regard noir et il s'exécute en silence. Une fois qu'il a le dos tourné, je tire dans le genou de l'enseignant et il tombe sur le sol en hurlant encore plus fort.
 
« Avant de t'en prendre à quelqu'un, assure-toi qu'il ne risque pas d'être le plus fort. Je suis SEAL dans les forces spéciales de la Navy, je lui annonce. Espèce de connard. »
 
Louis me rejoint et je l'entraîne jusque dans les escaliers pour qu'on quitte cette maison. Quand sort sur le perron, la femme et la fille sont bien présentes mais elles ne s'attendaient pas à nous voir sortir.
 
« Jerry !! », hurla la femme en nous bousculant pour rentrer.
 
Je retiens la gamine par le bras, elle doit avoir 12 ou 13 ans ; pas une seconde elle n'a eu peur.
 
« Tiens, je dis en lui tendant les clés. C'est pour toutes les pièces de la maison. Y a de la nourriture. »
 
Ses yeux s'illuminent.
 
« Tu diras à ton père que je suis désolé pour ses blessures, mais que je n'avais pas le choix, je ne voulais pas qu'il nous suive. »
 
Je lâche son bras et elle se précipite à l'intérieur. Je range mon arme à l'arrière de mon jean et je prends le visage de Louis entre mes mains ; il pleurait silencieusement.
 
« Tu as mal quelque part ? Il t'a touché ? »
 
Il secoue la tête alors je l'attire à moi pour le serrer dans mes bras. Ses sanglots redoublent et je le berce un moment, pour l'apaiser.
 
« Il faut qu'on y aille, Amour.
– J'ai pas envie, il murmure.
– Pourquoi ?
– Toi t'as été élevé pour vivre cette situation mais pas moi, j'ai peur, tu as tiré sur quelqu'un. Deux fois. Je n'ai plus envie de bouger. Je n'ai plus envie de prendre de risque. Donne leur la voiture et on reste ici. »
 
Je comprends parfaitement sa réaction.
– Pour attendre que d'autres tarés se pointent ? Arrête de dire n'importe quoi." Il s'est détaché de moi pour me regarder et j'ai embrassé ses lèvres. "On ne s'arrête plus, d'accord ? On roule jusque chez moi. On sera en sécurité là-bas." J'ai essuyé ses larmes avec mes pouces et j'ai déposé un baiser sur son front.
 
Il n'a pas cherché à me contredire à nouveau et nous sommes montés en voiture.
 
C'est en sortant de notre bulle que j'ai réalisé que la femme que nous avions vu monter en courant était en train de hurler à la mort.
 
. . .
 
À part sa réflexion que je n'ai pas relevé tout à l'heure, nous n'avons pas parlé de ce qu'il s'est passé dans la maison. Je sais que Louis n'est pas fan armes à feu – qu'il est persuadé que la guerre se fait avec des fleurs – et j'ai sorti la mienne deux fois en deux jours. Puis j'ai tiré juste à côté de sa tête. Je sais aussi qu'il m'a fait entièrement confiance, mais il est terrorisé et il refuse qu'on s'arrête trop longtemps, sauf pour dormir un peu et remettre de l'essence.
 
Mais plus on s'avance dans les terres, plus la circulation revient. Les villes restent vides, comme si elles étaient hantées, mais on sent qu'il y a de la vie.
 
« Pourquoi y a personne dehors ?, a fini par demander Louis.
– J'en sais rien. Ils l'ont sûrement interdit le temps que ça se tasse dans les autres états.
– Y a beaucoup de militaires, il fait remarquer.
– Je pense que c'est pour assurer la sécurité des civils. »
 
Pour le rassurer, je prends sa main et lie nos doigts.
 
« Tu vas partir ? », il s'inquiète.
 
À cette question, je préfère ne pas répondre ; c'est lui qui voulait que les militaires aillent aider les civils en Floride. Face à mon silence, je sens qu'il va insister mais je suis contraint de piler pour éviter un barrage militaire.
 
« Putain mais qu'est-ce qu'ils font ? », je marmonne pour moi-même.
 
J'ai automatiquement tendu le bras devant Louis pour éviter qu'il ne se cogne quelque part – même s'il avait sa ceinture.
 
« Ça va ?, je demande.
– Oui, oui. Mais qu'est-ce qu'il se passe ? On ne peut plus passer ?
– J'en sais rien. »
 
J'ouvre ma fenêtre quand un militaire s'approche.
 
« Bonjour.
– Vous êtes à la frontière d'un état protégé par l'armée. Vous ne pouvez pas entrer à moins d'être résident de cet état.
– Protégé par l'armée ? Pourquoi ? Ce sont des catastrophe naturelle !, s'étonne Louis.
– Pour protéger les villes d'éventuels mouvements de foule. »
 
Comme je sens que Louis est sur le point de s'indigner, je lui coupe l'herbe sous le pied.
 
« C'est possible de traverser l'état ? On se rend dans le Tennessee. Nous y avons de la famille.
– Vous ne pouvez pas traverser l'Alabama. Et il y a des barrages sur chacune des routes qui traversent l'état de Géorgie également. Personne ne vous laissera passer si vous n'êtes pas résident du Tennessee. Tous les deux. »
 
J'essaie de réfléchir vite parce qu'on ne doit pas rester trop longtemps sur place. Je ne veux pas qu'ils identifient la voiture, ni nos visages.
 
« Je suis SEAL, j'étais en permission en Floride. Je suis basé en Virginie mais je n'ai plus moyen de contacter mes supérieurs. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé en Virginie. Il faut simplement que j'aille le déposer dans le Tennessee. », je dis en désignant Louis de la tête.
 
J'entends le Louis en question prendre une inspiration pour protester, mais je lui fais signe de se taire.
 
« Y a moyen de vous identifier ?, il demande.
– Bien sûr. »
 
J'attrape les plaques autour de mon cou et je les lui tends. Immédiatement, lorsqu'il les voit, il se redresse et il me fait un salut militaire. Parce qu'il est évident que je suis bien plus gradé que lui.
 
« Lieutenant ! », il annonce fermement.
 
J'ai répondu à son salut plus par habitude que par envie.
 
« Repos. », je dis.
 
Il me rend mes plaques et je ne sais pas pourquoi j'ai cru que grâce à mon grade, j'allais pouvoir traverser l'état sans problème.
 
« Je vais prévenir la base que vous arrivez d'ici deux heures, il m'annonce. Je note la plaque de votre voiture, je dis que vous êtes deux. Nous avons besoin de personnes comme vous pour aller sur le terrain. »
 
Je serre les dents et j'ai la sensation de tomber dans le vide tant mon c½ur me remonte dans la gorge.
 
« Très bien, je réponds alors que j'entends Louis retenir sa respiration. Est-ce que j'ai une assurance que mon petit frère sera en sécurité dans la base ?
– Il faut voir avec le Capitaine mais je suis certain qu'une cabine lui sera affectée tant que... »
 
Je lui ai fait signe de se taire parce que je sais qu'il comptait dire que Louis serait en sécurité tant que je serais vivant, que si je mourais, Louis serait livré à lui même avec les regards les plus désolés qui soient.
 
Lorsque le barrage se lève, je remonte ma fenêtre pour qu'on récupère notre intimité encore un moment. Lorsque j'entends Louis se mettre à pleurer, mon c½ur se serre tellement fort que j'ai l'impression que je vais vomir. Pour la première fois de ma vie, je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quelle est la bonne solution.
 
Louis pleure de plus en plus fort et comme c'est insupportable, je freine en sortant de la route pour me garer en lisière de forêt. J'ai tellement la haine de cette situation de merde que je sors de la voiture en la martelant de coup de pieds avant d'arracher mes plaques d'identité et de les balancer au loin. J'ai envie de hurler de rage mais si je craque maintenant, c'est terminé.
 
Au bout de quelques minutes, je sens les bras de Louis entourer ma taille, alors je me laisse tomber sur le sol, comme si mes jambes ne me portaient plus. Il vient se blottir contre mon torse et je le serre contre moi aussi fort que possible.
 
« Tu ne peux pas me laisser ici, il murmure.
– Je n'ai pas le choix. Je suis désolé. Je n'ai pas le choix. Ici tu seras en sécurité. Juste le temps de savoir ce qu'il se passe. »
 
Je sens qu'il secoue la tête et qu'il s'accroche encore plus à moi.
 
« Je serais en sécurité jusqu'à ce qu'ils découvrent que je ne suis pas ton frère, c'est ça ? Et après ? Quand ils se douteront qu'en fait on était en couple mais qu'on n'est pas mariés et que y a aucune raison de me garder, on fera quoi ?
– Ils ne l'apprendront pas.
– Comment je vais m'appeler alors ? Louis Tomlinson et puis toi Harry Styles ? Pas très fraternel. Ou alors Louis Styles ? »
 
Je secoue la tête.
 
« Je dirais que tu es un ami mais—
– Et ils garderaient un ami ? »
 
Je reste neutre, même si je connais la réponse.
 
« Tu m'incites à déserter ?, je demande sérieusement. Tu sais ce que je risque ?
– D'être révoqué ?, il propose timidement.
– Oui. Et de la prison. »
 
L'espace d'un instant, je lis de la panique dans ses yeux.
 
« Je suis Lieutenant. Je n'ai pas le droit d'abandonner mon poste.
– Mais quel poste ? Hein ? Quel poste ? Tu étais en Floride, Harry ! EN FLORIDE ! Et où était l'armée quand on a eu besoin d'elle ? Ici, en train d'empêcher les gens de rentrer pour ne pas risquer que les habitants perdent leur petit confort !
– Ne t'énerve pas... », je murmure en embrassant ses lèvres à plusieurs reprises.
 
Mais il finit par me repousser avec colère.
 
« Et si jamais c'est la fin ? Et si jamais une autre pluie d'astéroïdes nous tombe dessus ?
– Ça n'arrivera pas. », je dis pour me convaincre moi même.
 
Ses yeux s'emplissent de larmes presque instantanément.
 
« Dis ça à ma s½ur. »
 
Il se détache de moi et il se lève pour suivre je ne sais quelle direction à travers les bois.
 
« Louis ! », je crie pour l'arrêter.
 
Mais comme il ne se retourne pas, je me lève d'un bond pour le rattraper en courant. Je me poste devant lui pour l'empêcher de continuer.  
 
« Où est-ce que tu vas ? »
 
Il hausse les épaules avec un air profondément triste.
 
« Loin, il dit en baissant la tête.
– De moi ?, je demande et relevant doucement son menton pour qu'il me regarde.
– Que ce soit toi ou moi qui parte, ça ne change rien. Mais je n'irais pas dans cette base militaire. »
 
Je ferme les yeux quelques instants. Fort. Tellement que je vois des étoiles.
 
« Si tu iras, je réponds.
– T'aurais pas dû revenir me chercher. », il dit en se dégageant de moi.
 
Ça me blesse autant que ça m'effraie. Je ne peux pas m'empêcher de me dire que, ça y est, ça recommence. On n'est pas d'accord au point que ça va mal se terminer.
 
« Qu'est-ce que ça veut dire ?, je demande la gorge serrée.
– Que tu n'aurais pas dû revenir me chercher. », il répète.
 
Sa voix tremble tellement que je ne sais pas comment il réussit à parler.
 
« T'aurais dû me laisser en Floride, il reprend. Je serais mort et ça t'aurait enlevé une épine du pied. »
 
Une larme roule le long de ma joue, sans que je n'y puisse rien y faire. Je l'essuie rapidement mais d'autres suivent.
 
« T'as pas le droit de dire ça..., je souffle à mi-voix.
– Tu sais que j'ai raison, il insiste. T'es censé rester avec moi et... À quoi ça sert que tu sois venu si c'est pour m'abandonner ici, hein ? Je t'ai quitté pour éviter que ça arrive encore. On s'est séparés. Alors pourquoi est-ce tu ne t'y es pas tenu ? »
 
Lui aussi, il se met à pleurer.
 
« C'était pour avoir bonne conscience que t'es passé à mon appartement ? C'est ça ? Et puis tu m'as fait l'amour en pensant que ce serait peut-être la dernière fois ? T'as cru qu'on vivrait tout une dernière fois et qu'on mourrait quelque part, c'est ça ? Mais t'as l'air de quoi maintenant qu'il y a de nouveau de l'espoir, hein ? Comment tu vas faire pour te débarrasser de ton boulet ?
– Arrête... »
 
Il secoue la tête.
 
« Ne me reproche surtout pas de t'aider à faire un choix. Je n'irai pas dans cette base militaire. Je n'y serai pas en sécurité.
– Et où est-ce que tu vas aller alors ? »
 
Son regard croise le mien et j'y lis tellement de souffrance que je serre la mâchoire.
 
« Ça ne te regarde plus, il répond. Je te rends ta liberté. Garde notre album photo pour moi, je crois qu'il ne me sera plus d'aucune utilité. »
 
Il se relève et me fait un salut militaire.
 
« Lieutenant, bon courage. Le monde a besoin de vos services. »
 
Son visage est déformé par une tristesse que je n'aurais jamais été capable d'imaginer voir un jour. Louis tourne les talons, sans que je n'y comprenne rien, et je reste planté là, à regarder l'homme de ma vie s'enfoncer dans l'épaisse forêt que nous parcourions depuis des kilomètres avant d'être arrêté par le barrage.
 
Je déteste l'armée pour m'avoir forcé à revoir mes priorités. Je suis incapable d'abandonner mon poste au moins autant que je suis incapable de ne pas aimer Louis. Même si c'est le début de la fin du monde et que c'est avec lui que je veux être, les discours de mon instructeur me résonnent encore dans la tête ; je sais depuis le début de mon service que je serais confronté à ce genre de choix, qu'il est normal de se demander si on préfère sauver la personne qu'on aime plutôt qu'une centaine d'autres. Et malheureusement, il n'y a qu'une seule bonne réponse : cent vies en valent toujours plus qu'une seule. Alors je peux pleurer toutes les larmes de mon corps, je sais que je n'ai pas le droit de retenir Louis, tout en sachant que je partirais quand même.
 
Je le suis des yeux et sans que je ne le réalise vraiment, il disparaît à travers les arbres ; ses sanglots se mêlent aux murmures de la forêt et je sais que je l'ai perdu. Pour toujours.
 
Alors je me lève et je récupère mes plaques sur le sol au passage. Je regagne ma voiture pour rejoindre la base militaire, avec l'espoir que l'aide que j'apporterai à la nation rachètera aux yeux de Dieu la trahison que je viens de faire à mon c½ur.



#RAMfic Voilà, c'est la fin du tome 2 :( Je suis désolée pour les personnes qui ne savaient pas à quoi s'attendre (je ne pensais pas que vous étiez autant !) et j'espère que vous n'êtes pas trop déçues... Pour les autres, désolée aussi, c'est toujours aussi douloureux – voire pire maintenant qu'on les connait depuis leur rencontre. La bonne nouvelle à tout ça c'est que cet OS a maintenant un passé, et qu'il va avoir un futur... ahah. Eh oui, je ne peux pas vous laisser comme ça parce que j'ai imaginé une suite. Un nouveau tome pour une nouvelle ambiance... en fait à chaque tome son ambiance. Comme c'est quelque chose que je n'ai jamais écrit, je suis un peu stressée d'avance et j'espère que ce ne sera pas trop nul et que la déception ne sera pas trop grande pour les personnes qui continueront ! Voilà. J'espère que – malgré l'actuelle douleur – vous avez apprécier ce tome. Moi j'ai aimé l'écrire ! Merci de votre soutien, de vos commentaires... vous m'apportez beaucoup de positif chaque jour, alors merci pour ça ❤

PS : Je pense me laisser plusieurs semaines avant de commencer le dernier tome mais vous serez bien évidemment au courant de mon avancée via Twitter !

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Comments :

  • resteavecmoific

    02/02/2017

    @Cartooune wrote: "Je suis brisée :( C'est tellement plus dur de lire ce passage maintenant qu'on connait leur passé d'amoureux fusionnels... Les petites références à Louis la gaufrette m'ont fait sourire entre mes larmes. (Oui parce que j'ai beau l'avoir déjà lu, ça ne m'a pas empêcher de pleurer). C'est tellement triste de se dire qu'après plusieurs mois ils en reviennent encore au même point. Le problème est toujours le même, même si cette fois Harry semble beaucoup moins bien l'accepter. À ce stade là c'est de la faute à la fatalité. La réaction de Louis est tellement compréhensible, déjà pour toutes les raisons qui l'ont poussé à quitter Harry la première fois mais aussi parce que pour une fois, Harry n'est plus du tout sûr de lui. Olala, je suis tellement triste ! J'espère qu'Harry va déserter et aller le chercher, puis se terrer dans une maison souterraine où l'armée ne pourra pas le trouver. Je croise les doigts ! Trop hâte de découvrir ce nouveau tome. Il va sûrement être d'une toute autre ambiance, ça va changer de tout ce qu'on a l'habitude de lire. Je te l'ai déjà dit 198474 de fois, mais cette histoire c'est vraiment un petit bijou. ❤️"

    Oui c'est encore pire quand on sait comment ils se sont rencontrés. C'est leur grosse problématique, en fait : ils s'aiment trop mais ils sont entêtés et ils foncent dans le mur à chaque fois. Après oui, Harry l'accepte moins bien mais parce que la première fois c'était vraiment une grosse dispute, là... bon bah ils savent aussi que c'est la dernière fois qu'ils vont se voir. C'est ce qui est effrayant. Tu sais que c'est la dernière fois que tu vois l'amour de ta vie vivant. T---------T Ils ont chacun raison et chacun tord parce que quand tu veux trouver des solutions tu peux. C'est ce qui est triste en fait, ils ne sont pas capables de s'écouter.
    Bon je sais que t'as déjà lu un bout du prochain tome mais j'espère que tu ne seras pas déçue pour autant xD MERCI ENCORE ❤ ❤ ❤

  • resteavecmoific

    02/02/2017

    heyfifou wrote: "Bon les deux sont encore en vie... pour le moment
    Mais si y a un tome tout n est pas perdu pour nos deux zozos

    Bon c est carrément l apocalypse et pour l instant impossible de rejoindre le tenesse harry a la "chance" d être militaire et donc de pouvoir rester en base mais pour louis c est plus compliqué il sera en sécurité que pour un court laps de temps
    Et même si sa arraché le coeur d harry et qu' il ne voudrait pad le faire il a pas le choix et doit laisser partir louis..
    Mais bon si y a un time 3 c est qu' ils se retrouveront jimagine
    Aj final l os est douloureux mais ils sont toujours aussi fusionnel après ces mois de séparation même si le métier dharry esttoujours le problème
    Mais je m attendais a vraiment pire genre une explosion et un des deux qui meurt tout ca tout ca lors qu' ils sont encore vie donc u a encore de l espoir !!
    "

    Aha oui, je suppose que faire un tome 3 où ils ne se retrouve pas, ce serait un peu nul pour une fiction Larry MDRRRR Bon si tu t'attendais à pire ça va alors, j'espère que tu n'es pas trop déçue malgré tout. Merci pour tous tes commentaires ❤

  • resteavecmoific

    02/02/2017

    The annoying reader who speaks English128514 wrote: "I'm speechless I've been crying since hrry went to lokk for Louis, this end is so good 😭😭unlike some people I'm such a sadistic person i love suffering when i read or watch things and tonight you gave me such a satisfying chapter so thank you so much . Thank you for writing this fic its started so beautifully light and fluffy and it got more intense each time ❤ I'm usually a ghost reader which is annoying because i want to support you and comment and find it absurd that I'm commenting on a French website in Englishbut I'm so overwhelmed that i want to share my feelings with you ! I got attached to your characters again(because yeah I'm still not over ISIL !) And I'm so relieved that you're going to write part 3 ❤ anyway i just want to tell you good job amazing job you made me feel and cry as if I'm going through this with them . I can't wait to find out what you have planned for us and how are they going to survive this . Thank you so much for sharing your stories with us😍😍 ."

    Merci beaucoup ! ❤ Moi aussi j'aime bien quand c'est triste parfois... ahah. C'est gentil de prendre le temps de laisser un commentaire pour me faire ces compliments ❤ J'espère que tu ne seras pas déçue du chapitre 3, merci à toi de me lire et d'apprécier ce que j'écris ❤ ❤

  • resteavecmoific

    02/02/2017

    sandyh wrote: "Ok j'ai eu peur , très peur mais quand j ai lu tome 3 j'ai respiré !
    Alors encore une fois désolée de pas laisser un com à chaque chapitre mais je suis toujours la et d'autres le font mieux que moi 😌 Bref ce tome une pépite comme le premier alors le prochain sera forcement magnifique !
    Aujourd'hui tu parlais de l'os et j'avais un doute en me disant mais je l'ai lu ou pas 🤔 Et puis plus j'avançais dans l'épilogue et je me souvenais que oui et je me suis souvenue de la fin 😩 Mais maintenant j ai espoir !!!
    Merci merci merci c'est toujours un régal de te le lire 💜💜💜
    Bravo et je te dis à bientôt
    Sandy
    "

    Ahah oui, je ne vous ai pas fait le coup de vous annoncer seulement quelques jours plus tard que je faisais un tome 3. J'espère que tu ne seras pas déçue ❤ Merci encore ❤ ❤

  • resteavecmoific

    02/02/2017

    Agathe. wrote: "J'avais lu cet os dès sa sortie et c'est toujourd aussi douleureux. Car maintenant on sais qui est vraiment Louis et Harry. On sait ce qu'ils ont vécu et c'est franchement dur. J'ai pleuré comme à chaque fois que je lisais cet os je te l'avoue. Mais l'annonce d'un tome 3 me redonne de l'espoir. Ne t'arrêtes jamais surtout, tu as beaucoup trop de talent. 💕"

    Oui je pense que c'est encore plus dur quand on connait leur histoire et leur passé :'( Merci beaucoup, j'espère que tu ne seras pas déçue de la suite ! ❤

  • resteavecmoific

    02/02/2017

    Visiteur wrote: "Waa...je l'ai lu en une nuit et j'attend déjà une suite,j'espère vraiment qu'ils vont se remettre ensemble et sinon merci de nous faire partager toutes ces émotions ! 😍"

    Awww merci à toi ❤

  • Visiteur

    30/01/2017

    Waa...je l'ai lu en une nuit et j'attend déjà une suite,j'espère vraiment qu'ils vont se remettre ensemble et sinon merci de nous faire partager toutes ces émotions ! 😍

  • resteavecmoific

    23/01/2017

    Paulinex99 wrote: "Wow la dernière phrase elle m'a Wow OK c'est pas très descriptif mais juste Wow mdr je suis peut-être bizarre mais j'aime bien cette fin d'un côté après c'est sûr que c'est triste, ça me fait mal au ventre de les voir comme ça. En tout cas encore une fois tu m'as vraiment touché"

    Merci beaucoup, je suis vraiment contente que ça t'aie plu, j'espère que tu apprécieras le tome 3 tout autant ❤

  • resteavecmoific

    23/01/2017

    Tronnor wrote: "Je suis dévastée, comment oses-tu ? *rires* Non franchement c'est horrible, à la place d'Harry je serais aller rattraper Louis et je serais parti avec lui. Enfin bon, Roméo et Juliette... Quoi qu'il en soit c'était magnifique "

    Merci beaucoup ❤

  • resteavecmoific

    23/01/2017

    Kuria wrote: "Je me disais "Hey mais j'ai déjà lu ça !" Puis je me suis souvenue de l'OS. Je t'en supplie, fais pour qu'ils se retrouvent dans le tome 3, Harry a besoin de Louis ;;"

    Ahah oui, je vais essayer ❤

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