Lifeline – Chapitre 1

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Lifeline – Chapitre 1
Lifeline – Chapitre 1
Lifeline – Chapitre 1
 
Été 2022. James Town, Wyoming.
 
« P'tite merde !
– Moi ? Mais tu sais ce qu'elle te dit la p'tite merde ?
– Elle dit quoi ? J'savais pas que ça causait les merdes.
– Elle te dit que même si c'est une merde, elle a encore sa famille ! »
 
J'entends des bruits de coups mais je ne réagis pas. J'en ai assez de leurs disputes incessantes ; qu'ils s'entretuent, on aura enfin la paix.
 
« Capitaine ? Max et Ben sont encore en train de se battre. »
 
La voix timide de Logan me parvient aux oreilles sans que je ne cesse de fixer l'horizon pour autant. C'est la première fois que Logan est autorisé à quitter le Village et la Zone de Confort. Je n'étais pas d'accord parce qu'il n'a que 16 ans et qu'il fait partie de la jeunesse que nous devons absolument préserver, mais c'est un bon tireur et s'il ne va jamais sur le terrain alors cette qualité ne lui sera d'aucune utilité.
 
« Capitaine ! Max étrangle Ben ! », s'époumone Logan pour me faire sortir de ma torpeur.
 
Cette fois-ci je relève la tête et je me précipite vers les deux abrutis qui me servent d'équipiers pour les séparer. J'ai dû attraper Maxine par sa tresse et tirer de toutes mes forces pour qu'elle lâche prise.
 
« Putain mais c'est quoi votre problème ?, je m'emporte une fois que Ben a retrouvé son souffle. On n'a pas que ça à foutre !
– Il n'a pas à parler de ma famille !, se défend Maxine.
– C'était pour rire, ajoute Ben.
– Très drôle. Je suis en train de me rouler au sol tellement t'es un marrant. Pauvre connard.
– Ça suffit, putain !, je m'énerve. Vous la fermez, c'est compris ? Et toi la première. La prochaine fois que t'essaies d'étrangler l'un des tiens, je t'envois en intendance cueillette, c'est clair ?
– Cueillette ? Parce que je suis une femme, c'est ça ? Pourquoi pas intendance garderie, non plus ? Hein ?
– Oh mais elle a fini la féministe de mes couilles ?, râle Ben au nom de tout le monde. Y a aucune femme en intendance cueillette depuis des semaines alors ferme-là !
– Aucune fille ? T'es sûr ? T'y étais pas avec tes gosses la semaine dernière, par hasard ? »
 
Ben se jette à nouveau sur elle sans crier gare et je suis encore obligé de les séparer.
 
Maxine est ma plus ancienne amie. Durant La Guerre de la Planète, nous étions dans la même unité. Tout le monde est mort autour de nous et nous n'avions plus aucun but. Rien. Jusqu'à ce qu'on capte un appel à l'aide dans l'une des villes voisines de celle où nous avions été affectés. C'est une grande gueule Max et, avec elle, c'est tout ou rien. Pas de demi-mesure : soit on ne conçoit pas la vie sans elle, soit on espère la voir mourir sous nos yeux. Comme moi, elle est sans nouvelle de sa famille, et malheureusement pour elle, elle a beaucoup de mal à se faire des amis ici ; les femmes envient – ou craignent – ses yeux clairs, son teint de porcelaine, ses longs cheveux blonds et son assurance à toute épreuve, tandis que les hommes ne supportent pas la grande gueule féministe et indépendante qu'elle est. Peu importe si nous sommes en temps de guerre ou non : les hommes apprécient rarement d'avoir leur destin remis entre les mains d'une femme plus forte qu'eux. Ben fait parti de ces hommes-là. Nous avons croisé Ben sur la route avec sa femme et ses trois enfants. Ils étaient terrés dans un camping-car et je suis certain que l'attirance mutuelle qu'il y a entre Ben et Max est à l'origine de cette animosité qui les pousse à se battre sans cesse. Ben était flic, l'adjoint du sheriff de son comté – ou quelque chose dans le genre – avant le chaos, et même si je pense qu'il a toujours été macho, c'est un excellent tireur – c'est ce qui compte aujourd'hui.
 
« Le prochain qui l'ouvre ne sort plus du Village, c'est clair ? »
 
Silence radio. Plus personne ne parle et ça fait du bien à mon cerveau fatigué. Je n'ai pas dormi de la nuit car depuis que nous avons balancé sur les ondes que nous étions un groupe de survivants bien organisés, je suis inquiet de ce qu'il pourrait se passer. Je n'aime pas qu'on sache que nous avons des ressources ; dans un monde où la survie est le mot d'ordre, beaucoup de gens préfèrent prendre plutôt que partager. Sur les cent soixante-dix-huit habitants que nous sommes, il y a une centaine d'enfants de moins de 16 ans – dont certain ont moins de 6 ans – à protéger. Alors on est là, sur notre putain de colline, à guetter à tour de rôle si d'éventuels survivants pointeraient le bout de leur nez.
 
« J'pense que c'est de la merde d'avoir balancé notre position, finit par dire Max. Si des gens mal intentionnés débarquent, on n'y arrivera pas avec les petits. L'Amiral envoie trop de nos meilleurs éléments en reconnaissance. On est en sous-effectif et c'est pas la maternelle de l'Arc-en-ciel qui pourra empêcher une invasion.
– C'est pour ça qu'on n'a pas donné notre vraie position, je réponds calmement, même si je pense comme elle.
– Ouais : une ville à côté, tu parles. On n'est pas assez protégés !
– Bien sûr que si, avec le couvre feu y a aucune lumière, rien. Puis les panneaux anti-bruit qu'on a récupérés sur l'autoroute couvrent vachement le bruit. On est une ville fantôme. Avec les carillons, les Impurs n'entendent rien, rétorque Ben. 
– Ce ne sont pas les Impurs que je crains. », conclut Max.
 
Personne ne dit rien et le silence qui suit est lourd. Maxine a raison et tout le monde le sait, même si nous sommes vraiment bien camouflés, nous ne sommes pas non plus sous terre, à l'abri des regards. Si les enfants que nous avons sauvés seront notre force dans plusieurs années, aujourd'hui ils sont notre faiblesse.
 
« Je pense qu'il—
– L'Amiral ne veut rien entendre, je la coupe pour éviter un énième débat à ce sujet. L'Amiral espère que sa femme entendra son nom à la radio et qu'elle le rejoindra dès qu'elle le pourra.
– Elle est certainement morte, comme tous les gens faibles de ce monde. »
 
Malgré moi, mon ventre se serre et je ravale difficilement la boule qui s'est formée dans ma gorge. J'ai beaucoup de mal à rester neutre parce que je comprends la douleur de l'Amiral au moins autant que je n'ai pas envie de voir notre village saccagé et pillé.
 
« L'Amiral est fou, elle reprend, on se laisse gouverner par un type sénile en fauteuil roulant alors que tout le monde sait que sans toi, on n'aurait pas tout ça, on serait tous morts depuis longtemps.
– Le Capitaine respecte la hiérarchie, tente Logan, et tu devrais en faire autant.
– Ne te mêle pas de ça Logan, t'es trop jeune pour avoir un avis.
– Ça suffit, Max, je tranche. Fiche lui la paix. »
 
Logan m'adresse un timide sourire et j'ébouriffe ses cheveux sous le regard agacé de Maxine, qui finit par s'éloigner pour aller râler plus loin.
 
. . .
 
« Capitaine ! Y a du monde ! »
 
Je me redresse vivement ; je ne me souviens même pas de m'être assoupi. Je jette un ½il à ma montre : nous sommes là depuis presque quatre heures. Première et dernière fois que je joue à la sentinelle parce que j'ai vraiment l'impression de perdre mon temps.
 
« Rassemblez-vous. », j'ordonne.
 
Tout le monde se lève et patiente, la main sur son arme de prédilection.
 
« Pas un mot, c'est clair ? Je parle. »
 
Ils acquiescent et nous attendons encore cinq bonnes minutes avant que ces personnes n'arrivent à notre niveau. Ce sont deux hommes – et au vu de leurs vêtements, certainement des militaires.
 
« Lieutenant Truman, au rapport, dit l'un d'eux.
– Capitaine Styles. »
 
Il me salue et je hoche la tête en signe de repos.
 
« Nous venons de l'Idaho. Nous sommes les éclaireurs d'un groupe de cinq personnes – nous incluant. Nous transportons un colis de la plus haute importance. »
 
Je fronce les sourcils, il n'y a plus rien d'important, de nos jours.
 
« Il y a trois semaines, nous avons eu un contact avec l'OMS basé à Washington DC. Certains de leur labo sont toujours actifs et ils sont à la recherche d'un vaccin. Nous pouvons leur fournir une aide précieuse.
– Un vaccin ?, je m'étonne.
– Oui, contre le virus DH2V8.
– Contre les Impurs ?, demande Max. Vous déconnez ou quoi ? Puis comment vous auriez pu avoir contact avec l'OMS ?
– Il y a quelques jours, nous avons entendu l'un de nos téléphones satellite grésiller alors qu'il ne fonctionnait plus depuis des mois et un homme de l'OMS était à l'autre bout.
– Comme ça ? Sans raison ?, je m'étonne.
– Nous leur avions laissé plusieurs messages au sujet du colis. »
 
Je n'ai pas confiance et je pense que ça se voit. Qui serait assez fou pour traverser le pays, à pied, avec pour seul moteur, un espoir minable ?
 
« Peut-être qu'une antenne qui faisait la liaisons a été réparé. », il ajoute.
 
Nous avons réparé un pylône, oui. Mais je le garde pour moi parce qu'ils n'ont pas besoin de savoir ce que nous savons faire. Le pire dans cette situation c'est que leur histoire tiendrait presque debout.
 
« Nous cherchons simplement un endroit où nous ravitailler et nous repartirons après quelques heures de sommeil, il insiste face à notre silence. Nous avons capté votre message radio sur un canal du téléphone satellitaire que nous avons. Celui qui disait que vous étiez établis à James Town.
– Attendez... vous traversez le pays à pied avec un colis magique dans l'espoir de trouver un vaccin contre les Impurs ?, résume Ben.
– Ça semble fou mais oui, nous savons que nous serons d'une grande aide à la recherche. 
– Où est le reste de votre équipe ? Ils sont trois, c'est ça ?
– Oui, ils sont trois. Nous marchons à deux kilomètres d'intervalle. Ils sont derrière et attendent nos rapports toutes les 20 minutes pour continuer d'avancer. »
 
Je sais qu'il faut prendre une décision alors je réfléchis au plus vite ; je ne peux pas contacter le Village, mais je ne peux pas non plus ignorer l'espoir d'un renouveau. Alors je me tourne vers Max et avec un simple regard, nous nous comprenons parfaitement.
 
« Je vais vous escorter tous les deux en ville pendant que mes équipiers resteront ici à attendre le reste de votre groupe. On commencera à discuter de ce colis que vous transportez tranquillement. »
 
Les deux militaires hochent la tête, sans même échanger un regard. Ils ont l'air si sérieux que j'ai du mal à ne pas les croire.
 
« Nous allons vous mettre un sac sur la tête pour vous empêcher de mémoriser la route, j'annonce.
– Vous déconnez ?
– Nous avons beaucoup de monde à protéger. », je réponds froidement.
 
Cette fois-ci, ils échangent un regard et le lieutenant Truman sort un talkie de sa poche ; ils capitulent sans faire d'histoire alors ça me rassure.
 
« Tout est ok. Y a bien une ville. Trois personnes vous attendent sur le haut d'un talus, vous ne pouvez pas les rater, vous ferez exactement ce qu'ils vous disent. Tous les trois. À vous.
– Ok. On poursuit. »
 
Fin de l'échange, et dans la minute qui suit, je me retrouve à escorter ces deux soldats qu'on a affublés d'un sac sur la tête. Nous les avons privés d'armes et les avons faits tourner plusieurs fois sur eux-mêmes avant que je ne me mette en route, en prenant un détour. Je marche devant alors qu'ils ont chacun une main sur mes épaules.
 
« Nous avons nettoyé la ville et installé quelques pièges aux alentours, je dis pour les rassurer. La zone est quasiment vide d'Impur.
– Mais c'est quoi ça, les Impurs ? Ça fait plusieurs fois que vous le dites !
– Hum... les contaminés ? C'est comme ça que nous les appelons à New Heaven.
– Ça fait très croyant tout ça.
– Nous avons un pasteur. », je rétorque comme si c'était une explication valable.
 
Ils se taisent et ça me fait sourire ; avoir un pasteur de nos jours, c'est comme avoir une fourchette pour boire de l'eau : complètement inutile. Mais ils sont polis et se passent de commentaires, ce que j'apprécie grandement. Graham est peut-être pasteur, mais sans lui nous n'aurions certainement pas pu achever les remparts qui bordent la ville. Si je devais traverser le pays avec un foutu colis, je pense que c'est avec lui que je le ferais.
 
Lorsqu'on arrive à l'énorme portail – entrée principale de la ville – je fais signe aux sentinelles du jour de nous ouvrir et, une fois les portes refermées, je débarrasse les deux hommes de leur sac sur la tête. Pendant qu'ils découvrent l'endroit, je les regarde sans masquer ma satisfaction. Oui nous avons su nous réorganiser en ville, oui nous sommes nombreux, et oui des enfants courent partout dans les rues sans avoir peur de mourir. Je suis fier de ce que nous avons pu accomplir ces deux dernières années parce que s'il y a bien un espoir d'avoir un jour le dessus sur les Impurs, c'est ici qu'il se trouve.
 
« Putain mais c'est un village ! Comment vous avez pu faire ça ? Comment vous...
– Je vous fais visiter ? »
 
L'un d'eux hésite mais il n'est pas le premier à prendre la parole.
 
« Avant toute chose, nous voudrions discuter.
– Bien. »
 
Je les invite à me suivre à travers le lotissement que nous avons transformé en village et je m'arrête devant la Maison 18. Chez moi. Enfin, chez nous parce que je suis loin d'être le seul à y vivre. J'ouvre à peine la porte que je vois une poupée voler à travers la pièce pour venir s'écraser dans la tête du lieutenant Truman ; les cris qui résonnaient dans toute la maison se taisent d'un coup.
 
« Oh, oh... »
 
Je me penche pour attraper le poupon et chercher la coupable des yeux.
 
« Mila ? », j'appelle.
 
Elle apparaît en haut des escaliers, l'air vraiment désolé.
 
« C'est pas moi c'est Adam...
– MÊME PAS VRAI !, il hurle pour se défendre en courant à côté de Mila. HARRY J'TE JURE QUE C'EST ELLE !
– On ne jure pas !, je gronde. Où est Lenny ?
– Je suis là, il répond de la cuisine sans pour autant arriver. Depuis ce matin c'est l'Enfer. 
– Ils ne sont là que tous les deux ?, je demande en faisant signe à Mila de descendre récupérer sa poupée.
– Non. Chris et Julian sont là-haut. Charlie fait la sieste.
– Et Anna ?
– Aucune idée. Elle doit profiter du soleil, j'en sais rien. »
 
J'entends un raclement de gorge dans mon dos et je me rappelle de ce que j'étais venu faire ici.
 
« Tu rentres tôt, ajoute Lenny en faisant son apparition dans l'entrée. Tu... euh... bonjour.
– Lenny voici le lieutenant Truman et...
– Officier Carver, il me souffle alors que je réalise que je ne savais pas son nom.
– Et l'officier Carver, je complète en me tournant vers les militaires. Et voilà quelques occupants de la Maison 18, je dis à nos deux invités. On va aller discuter dans le salon. »
 
Je donne sa poupée à Mila et comme elle tend les bras vers moi, je l'emporte dans le salon avec nous.
 
« Installez-vous, je dis en montrant les canapés.
– De quoi vous allez parler ?
– Je veux bien que tu restes, je dis à Mila, mais tu fais silence, ok ? Ce sont des conversations d'adulte. »
 
Elle hoche la tête et se blottit entre mes bras, sous le regard inquisiteur des deux autres.
 
« Vous êtes sûr qu'elle peut entendre tout ça Capitaine ?
– Elle est restée plusieurs jours dans une penderie, coincée par le corps mort de sa mère qui avait été dévorée par les Impurs. Je pense que du haut de ses 6 ans, elle est capable de tout entendre. »
 
Ils échangent un bref regard, confus.
 
« Alors, votre colis, comment peut-il nous redonner espoir ?
– Est-ce qu'ils vont rester à diner ?, nous interrompt Lenny. Que je sache pour les pommes de terre.
– T'occupes pas de nous pour le moment. », je réponds.
 
Je l'entends marmonner quelque chose d'incompréhensible et je sais que, ça y est, il fait la gueule pour la soirée. J'essaie d'ignorer ses enfantillages. Lenny a un an de plus que moi, il est mon co-référent dans cette maison, mais parfois, j'ai l'impression qu'il a le même âge que les ado qu'on a en charge.
 
« Vous avez des pommes de terre ?, intervient Truman. Après tout ce temps ?
– Nous avons une serre avec de nombreux légumes, oui.
– Sérieusement ?
– Nous sommes auto-suffisant.
– Comment vous avez fait ? »
 
Je hausse les épaules, comme si je n'en savais rien, alors que je suis l'instigateur de cette réorganisation.
 
« Vous avez l'eau courante ?
– Le fleuve juste derrière n'a jamais cessé de couler alors...  
– L'électricité ?
– Les panneaux solaires étaient en solde ces derniers temps. »
 
Truman ouvre la bouche pour répliquer mais je soupire.
 
« Écoutez, si vous êtes venus pour discuter de nos méthodes de survie, je ne pense pas être la personne à qui il faudrait s'adresser alors...
– Non, non. C'est impressionnant, c'est tout. Vous semblez nombreux.
– C'est parce qu'il y a beaucoup d'enfants. Ils occupent l'espace mieux que n'importe quel être vivant. Nous avons sauvé un complexe scolaire alors... »
 
Je souris. Il y a plus d'enfants que d'adultes mais je me garde bien de le préciser parce que je ne veux pas qu'ils pensent qu'ils pourraient nous prendre ce que nous avons bâti. Les temps sont durs et aucun des habitants de New Heaven ne se laissera marcher sur les pieds. Chacun a sa place, son importance. Tout le monde sait ce qu'il doit faire. Nous sommes une communauté unie et solide.
 
« Alors... ce colis ?, je reprends sérieusement.
– C'est assez compliqué à expliquer. Il est... »
 
Sans crier gare, Mila saute de mes genoux et lorsqu'elle se dirige vers la banquette sous la fenêtre pour s'y cacher, j'écoute avec plus d'attention et j'entends les carillons. Les pas précipités à l'étage m'indiquent que tout le monde les a entendu et je me redresse immédiatement ; il n'y avait pas d'exercice de prévu aujourd'hui.
 
« Qu'est-ce qu'il se passe ?, demande Carver.
– Des Impurs sont dans la Zone de Confort. Lenny, tu restes avec les petits. »
 
Sans lui laisser le choix, je quitte la maison – les deux acolytes sur mes talons. Une fois à l'extérieur, le son des carillons est nettement plus fort ; juste assez pour que nous sachions que c'est une alarme, mais pas assez pour que les Impurs puissent le repérer. Le silence qui règne dans la ville me glace le sang, mais il signifie que tout le monde est à sa place et c'est rassurant. Tous les réservistes sortent et regagnent le grand portail.
 
« Qu'est-ce qu'il se passe ?, je demande en grimpant l'échelle pour rejoindre les sentinelles.
– Ils sont une cinquantaine. », me dit Clara en pointant du doigt une horde.
 
Clara est l'un des deux médecins du village. Elle était véritablement infirmière mais nous lui avons accordé une promotion à cause du manque d'effectif.
 
« Ils se dirigent droit sur Memory Lane, elle ajoute.
– Ok, qu'est-ce qu'on a là-bas ?
– Une fosse et deux mines. »
 
Je hoche la tête, j'essaie d'analyser la situation pour perdre le moins de temps possible – et surtout, le moins de munition.
 
« Will et Sara, vous vous assurez que tout le monde est bien à l'intérieur puis prévenez l'Amiral. Ceux qui sont affectés à l'arrière, allez-y. Clara et Graham, avec moi. Le reste, soyez prêt à intervenir. »
 
En moins d'une minute, tout le monde s'est exécuté et nous avons descendu une échelle de l'autre côté du rempart pour n'avoir pas à ouvrir les portes. Lorsque nous sommes tous les cinq de l'autre côté – Truman et Carver nous ont suivi – l'échelle remonte. C'est à peu prêt à ce moment-là que j'entends la voix de Max. Elle court vers nous tandis que Ben et Logan continuent de conduire nos trois invités jusqu'à nous. Apparemment, deux militaires et un civil au sweat rouge. Quel est l'imbécile qui souhaite être repéré n'importe où en portant du rouge ?
 
« Putain mais qu'est-ce que... »
 
Elle se tait lorsqu'elle voit au loin la horde d'Impurs déambuler sans but précis.
 
« Ils vont sur Memory Lane ? demande Ben sans véritablement attendre de réponse alors qu'ils arrivent à leur tour. Ça va être un carnage. »
 
Le piège se trouve à plus d'un kilomètre du village. Nous avons creusé des tranchées et nous avons tout fait pour orienter tout Impur qui s'approcherait de trop près vers des pièges que nous avons élaboré nous même.
 
« Dès qu'ils ont passé l'immeuble, on y va, j'annonce.
– Euh ouais mais alors il faut que tu saches que—
– Maintenant ! », je dis sans écouter Maxine.
 
Plus personne ne parle et nous courrons tous en direction de la horde. Mon c½ur bat à cent à l'heure, nous n'en n'avions pas vu autant depuis presque un mois et j'ai peur d'avoir perdu la main, peur que notre piège ne fonctionne pas, peur que l'un d'entre eux parviennent à rentrer à New Heaven.
 
Nous progressons silencieusement à travers les décombres et nous nous positionnons à des endroits stratégiques.
 
« On va nous retirer ces putains de sacs oui ou merde ? », chuchote l'un des gars que mon équipe a ramené.
 
Sans quitter des yeux la horde qui fonce droit dans le trou, je signale sans discuter que tout est  ok, qu'on peut les découvrir, que c'était même idiot de les avoir forcé à courir avec sur la tête. Dans la seconde qui suit, on entend une explosion. Ces cons d'Impurs courent tous en direction de la détonation et la seconde mine fait un carnage plus grand encore. On voit des bouts de corps voler dans tous les sens et si Ben est euphorique, c'est loin d'être le cas du pauvre type au sweat rouge, qui est en train de vomir ses tripes dans le coin d'une ruelle.
 
« On y va ! », dit Graham.
 
Je hoche la tête et on court vers le fossé. C'est dégueulasse mais on achève tous les Impurs qui n'ont pas explosé dans le piège.
 
« On ne tire que si on est sûr de viser le crâne !, je rappelle, soucieux d'économiser nos munitions.
– Je prends le dernier ! », annonce Maxine.
 
Évidemment, Ben est plus rapide et ils se foutent sur la gueule pendant que je respire à nouveau. Je déteste ce genre de situations et si certain y voit une forme d'amusement, je suis loin de trouver ça drôle.
 
« Tu l'as laissé tout seul ?, s'emporte Truman sur l'un de ses équipiers. Il est où ?
– Je suis là. »
 
Mon c½ur loupe un battement quand je pense reconnaître une voix que j'ai connue autrefois. Je sais que mon esprit me joue des tours mais lorsque je tourne la tête et que je l'aperçois, j'ai la sensation que le monde cesse de tourner.
 
« Louis ? »
 
Il réagit à son prénom et même si son état est lamentable, je reconnais ses yeux. Ses cheveux sont trop longs, il a une barbe de plusieurs jours – semaines ? – que je n'imaginais pas capable de pousser, ses joues sont creusées et il a l'air d'une gaufrette plus que jamais, mais il est là. Le pauvre type au sweat rouge, c'est lui.
 
Je tremble, j'ai la gorge sèche et mon sang boue dans mes veines à tel point que je n'entends plus rien d'autre que le bourdonnement du passé qui résonne dans mon crâne.
 
J'ai à peine le temps de faire un pas en avant pour le rejoindre que je me sens propulsé sur le sol par un Impur qui n'avait pas suivi le même chemin que les autres. Je me débats pour le repousser et par trois fois il manque de me mordre au visage. Quand je mets enfin une main sur mon arme, je la colle sous le menton de mon assaillant et tire sans hésiter. Le corps sans vie de l'Impur s'effondre sur moi et je le dégage avant que l'odeur de putréfaction gagne mes narines et me donne envie de vomir.
 
Logan m'aide à me redresser et je cherche à nouveau Louis du regard. Il me fixe, sans un mot, comme s'il était incapable de parler. Choqué.
 
« Qu'est-ce que c'est que cette connerie ?, demande Truman. Vous vous connaissez ?
– Oui ! Oui, je le connais c'est... »
 
Je ne termine pas ma phrase parce que je ne sais plus qui il est – ou que je le sais au fond de moi, mais que je ne veux pas que les autres l'entendent.
 
« C'est lui ? », demande Max.
 
Je tourne la tête vers elle, sans un mot, pour constater que mes amis affichent tous le même air confus. Je ne réponds rien parce que c'est évident qu'elle connaît déjà la réponse.
 
« Comment tu connais le colis ?, insiste Truman.
– Quoi ?
– Louis, se corrige le Lieutenant.
– Putain mais de quoi il parle ?, je m'emporte en me tournant vers Maxine.
– C'est ce que j'ai voulu te dire tout à l'heure. Ce qu'il fallait que tu saches, c'est que leur colis est bien vivant. Enfin... si on peut dire ça comme ça.
– Putain mais quelqu'un voudrait bien être clair ? », je m'agace parce que mon esprit refuse de comprendre.
 
Ils échangent tous un regard embêté et Ben est le plus courageux.
 
« Louis est celui qu'il faut conduire à Washington. C'est lui le colis.
– Pourquoi ?
– Parce qu'il est infecté. »


#RAMfic Ahah, surprise. J'espère que le premier chapitre vous plaît, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, même si c'est que vous trouvez ça nul, je comprendrais xD Voilà, j'espère que vous n'êtes pas déçus de la tournure que prend la fiction. Vous en saurez plus dans le chapitre 2 (pour le pourquoi du comment le monde s'est retrouvé dans cet état) et puis après, au fil des chapitres ! ❤

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Comments :

  • resteavecmoific

    04/02/2017

    Butterfly1802 wrote: "C'est impossible de retranscrire le son sorti de ma bouche à la fin de ce chapitre.... Je me doutais que ça allait tourner vers l'apocalypse après l'épilogue du tome 2 que je n'ai pas eu le courage de relire.
    Tu nous emmène vraiment sur qqchose de nouveau mais qui change (en tout cas pour moi). J'ai peur pour la suite mais j'ai envie de croire en ton amour pour Larry...
    Merci pour ce chapitre ! Vivement la suite. Bisous
    "

    Oh c'est dommage que tu ne l'aies pas relu car il a quand même changé pour correspondre plus à la fiction. J'espère que tu ne seras pas trop déçue !! C'est sûr que c'est nouveau pour moi aussi alors j'espère ne pas rater de trop xD Merci ❤

  • Butterfly1802

    04/02/2017

    C'est impossible de retranscrire le son sorti de ma bouche à la fin de ce chapitre.... Je me doutais que ça allait tourner vers l'apocalypse après l'épilogue du tome 2 que je n'ai pas eu le courage de relire.
    Tu nous emmène vraiment sur qqchose de nouveau mais qui change (en tout cas pour moi). J'ai peur pour la suite mais j'ai envie de croire en ton amour pour Larry...
    Merci pour ce chapitre ! Vivement la suite. Bisous

  • Rose

    04/02/2017

    Oh mon Dieu ça a l'air trop bieeeeeeen!

  • resteavecmoific

    04/02/2017

    ayli wrote: "Alors si je m'attendais à ca... haha! J'adore déjà et c'est super cool parce qu'on a pas l'habitude de te voir dans ce genre de registre totalement différent de tes autres fictions! Je suis vraiment contente d'être témoin de ton évolution et de tes prises de risque parce que ce genre de registre post apolyptique, mine de rien, c'est vraiment compliqué à élaborer. Et je trouve que c'est très bien exécuté, -moi qui déteste ca généralement- bravo!! "

    C'est gentil, je m'essaie à quelque chose de totalement nouveau mais j'avoue que j'ai peur de me planter quand même ! C'est très gentil, merci beaucoup ❤ J'espère que tu ne seras pas déçue alors ❤ ❤

  • resteavecmoific

    04/02/2017

    RoxanneK wrote: "Attends que je comprennes bien Louis est un impur ?? Sinon moi j'aime la tournure de ta fiction, j'ai l'impression de connaître tous le monde mais dans une vie parallèle... Je kiffe :-) "

    Tu auras les réponses plus tard dans les chapitres... ahah ❤ Merci, j'espère que tu ne seras pas déçue ❤ ❤

  • resteavecmoific

    03/02/2017

    AboutCharlie wrote: "J'ADORE PUTAIN DE MERDE MERCI D'ÉCRIRE TON TROISIÈME TOME JE T'AIME OLALA BORDEL "

    Aww merci beaucoup ❤

  • RoxanneK

    03/02/2017

    Attends que je comprennes bien Louis est un impur ?? Sinon moi j'aime la tournure de ta fiction, j'ai l'impression de connaître tous le monde mais dans une vie parallèle... Je kiffe :-)

  • AboutCharlie

    03/02/2017

    J'ADORE PUTAIN DE MERDE MERCI D'ÉCRIRE TON TROISIÈME TOME JE T'AIME OLALA BORDEL

  • ayli

    03/02/2017

    Alors si je m'attendais à ca... haha! J'adore déjà et c'est super cool parce qu'on a pas l'habitude de te voir dans ce genre de registre totalement différent de tes autres fictions! Je suis vraiment contente d'être témoin de ton évolution et de tes prises de risque parce que ce genre de registre post apolyptique, mine de rien, c'est vraiment compliqué à élaborer. Et je trouve que c'est très bien exécuté, -moi qui déteste ca généralement- bravo!!

  • resteavecmoific

    03/02/2017

    heyfifou wrote: "J en étais suuuuuurr !!!
    Déjà quand j ai vu la situation je me suis dit ca sent le louis infecté et harry totalement incapable de le tuer
    Et quand j ai vu civil au pull rouge je me suis dit y a que Louis pour faire ca sérieux xD
    Ça c est un première chapitre qui bouge ! !
    Bon donc un virus a envahi la terre harry est à la tête d une ville qu' il a construite (merci la secte sérieux in l aura jamais autant aime que maintenant ) on ne sait cependant pas si les parents styles sont encore en vie ou pas !
    Quand a notre loulou déjà les retrouvailles après des années a se demander s il est mort ou pas et en plus il est infecté
    Donc une course contre le temps s engagé en gros
    Bien bien ca va bouger 😂
    "

    Exactement, y a que Louis pour faire ça MDRRR
    Ahah oui dans son enfance il n'aurait pas pu reconstruire une ville comme ça !
    Ahah je pense que vous en saurez plus dans le chapitre 2. J'espère que vous ne serez pas déçus 💕

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