Lifeline – Chapitre 9

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Lifeline – Chapitre 9
Lifeline – Chapitre 9
Lifeline – Chapitre 9

Été 2022. New Heaven, Wyoming.
 
Thomas et moi chargeons le dernier sac à l'arrière du Pick Up que nous avons finalement décidé de prendre. Même s'il est moins sûr que ma voiture, nous pouvons y stocker plus de choses à l'arrière ; il y a au moins 2 700 kilomètres qui nous séparent de Washington D.C. et ces grands malades comptaient traîner Louis à pied tout ce temps. Je crois que j'ai du mal à réaliser que des êtres humains peuvent traiter d'autres êtres humains de cette façon.
 
Je regarde le coffre du Pick Up, garé en plein milieu de New Heaven, pour m'assurer que tout est là, encore une fois. Les bidons d'essences, de l'huile moteur, du liquide de refroidissement, deux roues de secours et quelques trucs qui pourraient nous être indispensables pour réparer la voiture en cas de problème. De la nourriture et de l'eau pour deux semaines, mon sac de survie, celui que j'ai confectionné pour Louis, ainsi que celui de Thomas. Trois sacs de couchage XXL pour pouvoir dormir habillé. Une trousse de premier secours. La carte routière est dans la boite à gant.
 
Louis interrompt le cours de mes pensées en m'imposant un câlin qui me fait beaucoup de bien ; je l'entoure de mes bras et dépose un baiser sur son front.
 
« Tu es inquiet, il me dit.
– On va quitter la ville, bien sûr que je suis inquiet.
– Si tout se passe bien, on mettra moins d'une semaine à faire l'aller-retour et tu as tout prévu pour deux semaines. Je pense que tu es assez large pour—
– Tu penses sincèrement que tout va bien se passer ?, je m'étonne.
– Oui. Nous avons une voiture, nous allons rouler sans nous arrêter sauf pour remettre de l'essence et tout va bien se passer. Nous allons planter Truman là-bas et rentrer avec Thomas.
– Louis mais dans quel monde tu vis ?, je lui demande.
– Dans le tien. L'apocalypse n'existe pas à New Heaven. Ici les enfants vont à l'école, ils jouent aux jeux de société et ne meurent pas de faim.
– Mais ils savent se servir d'armes.
– On vit aux Etats-Unis, bien sûr qu'ils savent se servir d'une arme ! »
 
Je lève les yeux au ciel ; je ne sais pas si je suis soulagé qu'il y croie à ce point ou si ça m'inquiète vraiment. Je tire la bâche qu'on a installée pour cacher ce que nous avons à l'arrière du Pick Up et la coince correctement, de sorte à ce que je sache si quelqu'un y touche cette nuit. Je me tourne vers Louis, l'air vraiment sérieux.
 
« Louis, tu ne peux pas penser que tout va bien se passer. Ce n'est pas bien du tout.
– C'est toi qui voulais que je vois le positif partout, choisi ton camp parce que c'est désagréable. »
 
Son air fâché le rend adorable et je fixe ses lèvres avec envie. Mon c½ur se serre car je sais qu'il me repoussera si j'essaie quoi que ce soit et ça devient difficile parce que je ne sais pas ce que nous sommes. Est-ce qu'on est simplement devenus amis ? Nous n'avons jamais été amis, je ne sais pas à quoi ça pourrait ressembler. Nous avons appris à nous connaître en étant en couple et nous ne saurions pas être amis, pas vrai ? Je n'en sais rien.
 
« Arrête de me regarder comme ça, il souffle en se détachant de moi. Tu me fais culpabiliser. »
 
Je ne réponds rien ; les excuses ne passent pas mes lèvres parce que, égoïstement, j'ai envie qu'il réalise qu'il est ridicule. Mais si cette peur de me contaminer n'était qu'une excuse pour me faire comprendre que notre histoire bel et bien terminée ? Il aurait droit de ne plus vouloir de moi après tout, parce que je l'ai abandonné et qu'il a vécu l'Enfer durant de longs mois par ma faute ; mais pourquoi ne pas être franc ? Pourquoi ne pas en finir tout de suite ? Est-ce que c'est une vengeance ? Louis n'est pas du genre à se venger mais peut-être qu'il a changé ? Non, impossible. Les gens ne changent pas. Ils peuvent mûrir, faire évoluer leurs pensées, mais ils ne changent pas.
 
Je cesse de le regarder et je referme l'arrière du Pick Up.
 
« Il faut qu'on se rende à la Maison 7, le procès de Sally va avoir lieu.
– Je n'ai pas vraiment envie d'y assister. Je ne vois même pas pourquoi vous vous fatiguez à lui faire un procès alors que vous savez que vous allez la foutre dehors quoi qu'il arrive. Personne n'a voulu la défendre, l'issue semble évidente, non ?
– Tu n'es pas obligé d'y assister, je lui dis, ni même d'approuver notre manière de fonctionner. »
 
Il cherche mon regard mais je l'évite autant que possible, alors il soupire tristement.
 
« Tu m'en veux ?, il s'inquiète.
– Non. Je suis un peu perdu, rien de bien grave.
– Perdu ? Capitaine Styles, si vous êtes perdu, nous le sommes également. »
 
Je sais que ses yeux pétillent de malice, même si je ne veux pas les regarder. J'aurais souri volontiers si je n'avais pas le c½ur lourd et l'esprit occupé.
 
« Tu as croisé Julian ?, il me demande, ne sachant plus trop si j'ai envie de discuter avec lui.
– Non, il est très affecté par ma décision et je peux le comprendre. Je l'abandonne alors qu'il a besoin de moi et je m'en veux beaucoup. Mais dehors, c'est bien trop dangereux pour lui.
– Moins que New Heaven sans leader ?, rétorque Louis.
– Ben, Max, Graham et Clara sauront parfaitement maintenir l'ordre ici. Chris s'occupera très bien de la Maison 18.
– Tu dis ça pour te convaincre que tu as raison ? »
 
Je ne réponds pas. Je revois le regard de Julian quand je lui ai annoncé qu'il ne pourrait pas faire partie de l'expédition, juste avant qu'il fonde en larmes, et ça me fend le c½ur. Il y avait tellement de tristesse et de détresse dans ses yeux que j'ai su que j'avais fait le mauvais choix ; mais j'aurais trop peur qu'il lui arrive quelque chose. Il est tout petit. Même s'il avait préparé de nombreux arguments solides que j'aurais pu accepter, je réalise que j'ai trop peur de le perdre et que je préfère le savoir barricadé ici, plutôt que sur la route avec nous.
 
« Personne n'emmène des enfants dans ce genre d'expéditions, Louis.
– Non bien sûr, mais personne ne se sépare de ses enfants dans ce foutoir qu'est devenu le monde, non plus. »
 
Je voudrais lui dire que Julian n'est pas mon fils et que c'est différent parce que nous allons revenir, que ce n'est que l'affaire de quelques jours. Mais je n'y arrive pas. Nous avons passé ces trois derniers jours dans la Maison 9, tous les trois, et j'ai presque oublié que le chaos sévissait à l'extérieur des remparts. C'était apaisant et j'ai eu l'impression qu'on formait une famille. Louis me fait douter de mon choix à tel point que j'en ai mal au ventre. Je ne suis pas prêt pour cette expédition parce que ça fait deux ans qu'on se terre dans un endroit presque sans danger. Les survivalistes sont des lâches, ils se cachent pour survivre et c'est pour ça qu'ils ne meurent pas : parce qu'ils savent que les dangers ne peuvent pas les trouver. La politique de l'autruche ne fonctionne plus si on sort et qu'on se met en danger par soi-même. C'est plus facile de descendre des Impurs qui viennent à nous et salement amochés par nos pièges plutôt que d'être pris par surprise. Je ne vaux rien en dehors de ces remparts parce que je n'en sors jamais. Louis ne réalise pas que j'ai peur ; peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas savoir le protéger, peur qu'il lui arrive quelque chose. Il ne voit pas à quel point je suis terrorisé et il ose me faire comprendre, en plus, que je ne devrais pas laisser Julian derrière moi.
 
« Tu ne devrais pas avoir autant confiance en moi, Louis.
– Toi, tu devrais avoir plus confiance en toi, il rétorque.
– Je crois que tu ne réalises pas que je suis un imposteur. Je me cache, c'est comme ça que je survis.
– Quand tu étais SEAL, tu te cachais aussi ? Non. Bon alors arrête maintenant. Ne laisse pas la peur de l'échec te guider parce que sinon, on fonce dans le mur. Tout ne repose pas sur tes épaules. On est une équipe. Sur quatre, je suis le seul handicap.
– Tu n'es pas un handicap.
– J'ai appris à me servir d'une arme hier et Julian sait mieux tirer que moi !
– Il joue avec des pistolets à billes.
– Le truc a air comprimé n'est pas un jouet, vu les balles que vous mettez dedans. 
– Tu n'es pas un handicap, je me borne à répondre. Puis si tu te fais mordre, tu survivras, c'est tout ce qui compte. »
 
Louis lève les yeux au ciel et me bouscule.
 
« Ne laisse plus jamais personne me mordre.
– Personne ne va te mordre. »
 
On se scrute en silence quelques secondes. Louis semble serein alors que c'est moi le plus serein des deux. C'est moi qui devrais le rassurer.
 
« Harry ! »
 
Je tourne la tête vers Thomas qui m'appelle au loin. Il est devant la Maison 7 et nous fait signe de venir. Visiblement, c'est l'heure du procès.
 
« Tu ne viens pas alors ? »
 
Louis hésite et finalement, il glisse sa main dans la mienne. Je ne sais pas ce que nous sommes pour le moment, mais nous ne sommes certainement pas des amis.
 
. . .
 
Le procès de Sally s'est très mal passé ; c'était à prévoir, évidemment, mais je n'aurais jamais pensé que ce serait à ce point-là. Il a presque fallu l'attacher sur une chaise pour qu'elle cesse de tout retourner ou pour l'empêcher de se jeter sur Louis. J'ai vu qu'il était terrorisé par elle et ça m'a fait mal au c½ur de le voir se ratatiner sur sa chaise en espérant pouvoir disparaître.
 
Quand tout le monde a levé la main pour la bannir – Garry compris – elle est devenue complètement hystérique en nous maudissant et en hurlant qu'elle nous tuerait tous un à un, peu importe la manière dont elle s'y prendrait. Graham, Ben et moi avons dû la maintenir sur le sol le temps qu'elle se calme et, une quinzaine de minutes plus tard, elle s'est mise à pleurer et à nous supplier. Mais personne n'a flanché parce qu'elle venait d'effrayer tout le monde avec ses menaces.
 
Lorsque nous sommes sortis de la Maison 7, tout le reste du village était là. Même Julian qui évitait mon regard. Sally, effondrée, marchait entre Ben et Graham. Moi j'ai rapidement filé chez elle pour récupérer le sac de survie qu'elle s'était préparée – au cas où. Garry ne serait pas mis dehors, il écopait d'un sursis, mais au moindre faux pas, il serait contraint de quitter New Heaven également.
 
J'ai rejoint la foule et je l'ai traversé rapidement alors que les portes du village s'ouvraient devant Sally. Je lui ai donné son sac qu'elle m'a arraché des mains rageusement et elle a foncé hors de New Heaven sans même se retourner.
 
« Vous brûlerez tous, elle hurle simplement alors que les portes se referment sur elle. Tous autant que vous êtes, vous brûlerez ! »
 
Le silence qui règne après la fermeture des portes me fait froid dans le dos et lorsque je me retourne, tous les regards sont braqués sur moi.
 
« Qu'est-ce qu'on fait si elle revient ?, s'inquiète Sara. Elle n'a pas l'air décidé à quitter les lieux.
– Elle va partir, je la rassure. Il pleut souvent dans le coin, elle va devoir s'abriter.
– Elle peut trouver une maison dans la Zone de Confort. Elle peut saccager toutes les sécurités que nous avons installées au centre commercial, elle—
– Elle va partir, je tranche fermement pour éviter qu'elle n'effraie les enfants. Sally ne sait pas survivre seule, il faut toujours qu'elle se raccroche à un groupe, alors elle va partir. »
 
Je sais que c'est faux car elle a assez de haine en elle pour réduire le village à feu et à sang.
 
« Si elle met en danger la vie des habitants de New Heaven, elle sera traitée comme n'importe quel Impur. », annonce Ben.
 
Personne ne s'y oppose et l'ambiance semble s'alléger quelque peu. Le choix de Ben est radical mais elle apaise les esprits. Je crois que j'aurais perdu du temps à m'assurer que Sally partait d'elle-même avant d'annoncer ce genre de solutions, mais je laisse Ben prendre le relais parce que je m'en vais. Truman nous rejoindra demain matin alors que Carver et les autres ont décidé d'occuper la Maison 21 définitivement. Ils seront à l'essaie, bien sûr, et si tout se passe bien, ils pourront devenir résidents de New Heaven ; ils pourront même accueillir des enfants si certains le veulent. Je pense que c'est une bonne idée de les garder parce que savoir que des gens qui connaissent le village repartent n'importe où m'inquiétait grandement.
 
« Aller, il commence à se faire tard. Harry, Thomas, Louis et Truman partiront demain matin, très tôt alors...
– On se revoit vite, tranche Clara, refusant certainement de faire des adieux. Max, David et Will sont partis pour cinq jours plus ou moins, ce sera pareil que pour eux.
– Tout va bien se passer. Je suis déjà parti une semaine, je leur rappelle. Pour le pylône. »
 
J'aurais aimé accompagner Max pour couper la connexion, mais je crois que ça l'arrangeait bien de ne pas avoir à me dire au revoir. Je pense qu'elle m'en veut d'avoir choisi Thomas à sa place, mais je sais que ça lui passera. Thomas a besoin de prendre confiance en lui et le village doit réaliser qu'il est indispensable et qu'ils peuvent se reposer sur lui autant que sur moi. Max est déjà une valeur sûre avec son statut de militaire.
 
« Alors soyez sage, je dis avec un sourire. Ne m'obligez pas à me fâcher quand je rentrerai. »
 
L'ambiance devient plus légère, les gens se disent bonne nuit et se dissipent. Ne reste que la Maison 18 – Lenny inclus – qui tient à me souhaiter bonne chance. Nous regagnons leur maison pour éviter que tout le monde nous regarde par la fenêtre et, une fois la porte d'entrée refermée, les enfants me couvrent de bisous et de câlins. Chris, avec qui j'ai longuement discuté au sujet de la gestion de la maison, affiche un air serein malgré la pression qui repose sur ses épaules. Ils sont tous autour de nous, à l'affut du moindre conseil que je pourrais à nouveau leur donner, seul Julian reste à l'écart, l'air vraiment malheureux, et ça me retourne les tripes.
 
« Il se pourrait très bien que je ne parvienne pas à tout faire rapidement car nous ne savons pas combien de temps les chercheurs veulent ausculter Louis, j'avoue après quelques secondes d'hésitation – eux méritent de le savoir.
– Tu seras parti plus longtemps que la semaine ?, s'inquiète Anna.
– Peut-être, je n'en sais rien. C'est pour ça que vous devez rester soudés, tous ensemble. Chris est mon référent remplaçant et il sait ce qu'il faut faire. Il connaît les rations, il sait où récupérer votre nourriture et ce à quoi vous avez droit par semaine, ce que nous mettons de côté. Tout est noté pour faire comme d'habitude. »
 
Dans ma vision périphérique, je vois Lenny croiser les bras, signe qu'il s'agace que j'insiste encore auprès des enfants pour montrer qu'il ne sert à rien. Mais je n'insiste pas comme il le pense, il est nécessaire qu'ils entendent la suite.
 
« Tout est calculé juste pour vous, d'accord ? Alors vous ne devez pas accepter de nouveaux résidents. Sous aucun prétexte. Pas tant que je ne suis pas là.
– Mais si quelqu'un demande ? Ils ont le droit, c'est la règle !, dit Mila.
– Je sais ma belle, mais je préfèrerais qu'il n'y ait pas de changement en mon absence. Je ne veux pas que quelqu'un vienne prendre vos affaires ou manger vos réserves pendant mon absence et reparte à mon retour. Adulte ou enfant, personne ne doit déranger l'équilibre que nous avons bâti.
– Les autres ne s'organisent pas comme nous ?, s'étonne Anna.
– Non. Les autres n'ont pas de R-É-S-E-R-V-E, je dis en épelant le dernier mot pour que les plus petits ne puissent pas faire de gaffe.
– Vraiment ?, elle s'étonne. Mais je pensais que tout le monde en faisait.
– Certain, peut-être. Nous sommes un village, c'est vrai, nous avons l'air uni, c'est vrai aussi. Mais n'oubliez pas que vous êtes une famille et que les autres familles n'hésiteront pas à vous prendre ce que vous avez pour le répartir chez eux, si vous montrez que ça ne vous gêne pas de donner. »
 
Je sais que j'ai l'air d'en faire des tonnes mais j'ai l'impression que le vent tourne. Que ceux qui se disent que je ne rentrerai jamais ont une chance de prendre les choses en main et qu'ils n'hésiteront pas à avantager leur famille, au détriment de celles qui ne savent pas s'imposer. Lenny ne sait pas le faire et j'ai peur que peu de personne accorde du crédit à Chris à cause de son âge. Je sais que Ben n'hésitera pas à les prendre sous son aile en cas de problème, mais il est hors de question qu'ils se laissent faire.
 
« Vous êtes une famille. Et on défend sa famille, on la soutient. Même si on se chamaille à l'intérieur de la maison, à l'extérieur, on fait bloc. C'est d'accord ? »
 
Tout le monde hoche la tête et les plus petits me font un salut militaire qui me fait sourire.
 
« Aller, venez me faire un dernier câlin. »
 
Tout le monde se précipite, ils font un rapide coucou à Louis avant qu'il n'aille dire personnellement au revoir à Julian. Ce dernier ne le repousse pas, Louis a même droit à un câlin mais lorsque je m'approche à mon tour, Julian me repousse.
 
« Tu ne veux pas me dire au revoir ?, je demande en avalant difficilement la boule qui se forme dans ma gorge.
– Je n'ai plus envie de parler avec toi.
– Julian... je te l'ai expliqué. Je ne peux pas t'emmener, c'est beaucoup trop dangereux.
– Ici aussi. », il rétorque en me regardant droit dans les yeux avant de me tourner le dos pour disparaître à l'étage.
 
Tout le monde est un peu surpris et j'hésite à lui courir après mais Anna me fait signe qu'elle s'en charge.
 
« Je vais m'occuper de lui, t'inquiète pas.
– Les autres enfants du village ne sont pas sympas avec lui... », je lui explique à demi-mot.
 
Elle semble étonnée par ma révélation mais elle hoche la tête, comme si elle comprenait certaines choses.
 
« Je vais veiller sur lui coûte que coûte, tu as ma parole, elle me rassure. Ça va aller, je vais te le rendre en un seul morceau.
– Merci. »
 
Qui aurait pu penser qu'Anna pouvait faire preuve de maturité ? Je veux dire, depuis qu'on est ici, elle se pense dans un film à l'eau de rose et pleure en se jetant sur son lit chaque fois que ce débile de Sebastian respire trop près d'une autre fille, il lui arrive souvent de dire des choses stupides du genre : « Est-ce que Fidel Castro était un chanteur de Country ou un Crooner ? » ou bien elle pense que nous avons un rein unique et qu'il est placé au milieu du ventre. Anna prend toujours tout à la légère – même si la moindre contrariété qu'elle a est un drame digne d'être choisi pour devenir un jour férié – et je ne m'attendais pas à autant de sérieux de sa part. Je suis véritablement fier d'elle et ça se voit dans mes yeux.
 
« Les gens pensent que vous ne rentrerez pas, elle souffle.
– C'est pour ça que vous devez faire front. Ne dépendez jamais des autres.
– Promis. »
 
Je crois que les gens ne sont pas les seuls à penser que nous ne rentrerons pas, parce que ça n'a jamais été aussi dur de quitter cette foutue maison.
 
. . .
 
Le réveil est difficile car j'ai très peu dormi cette nuit et que j'ai beaucoup de mal à émerger ; même si la douceur de Louis ce matin me réconforte, nous partons et j'ai peur de ne jamais revenir ici.
 
Truman nous attend déjà près du Pick Up et lorsque je passe derrière, la bâche a bougé. Je fronce les sourcils.
 
« J'ai mis mon sac à l'arrière, il me dit.
– Ok. »
 
Je la soulève brièvement pour m'assurer que les premiers sacs sont disposés exactement de la même manière dont je les avais entreposés et, comme c'est le cas, je la referme correctement. Thomas arrive accompagné de Graham.
 
« Tout le monde a ce qu'il faut ? Ses munitions ? »
 
Ils hochent tous les trois la tête.
 
« Ok, on conduira à tour de rôle, j'annonce. Tu sais te servir d'une boite manuelle ?, je demande à Thomas.
– Non.
– Alors ce sera juste toi et moi, annonce Truman.
– Non, en fait, Louis sait conduire ce genre de voiture, je lui annonce fièrement. Donc ce sera nous trois. »
 
Truman nous regarde avec dédain avant de monter à l'arrière en claquant la porte. J'ai déjà hâte que ce voyage se termine alors que nous n'avons même pas quitté le village.
 
« Tu penses qu'on va pouvoir le supporter jusqu'au bout ?, demande Thomas.
– Je crois que si nous avions le choix, il ne ferait pas partie de l'expédition, je réponds. Mais nous avons besoin de lui. Il sait beaucoup de choses sur ce qu'il se passe à l'extérieur. 
– Dommage, soupire Louis avant de monter à l'avant, côté passager.
– Bon... »
 
Je m'approche de Graham et je le serre dans mes bras. C'est le deuxième Graham que je rencontre dans ma vie, le deuxième que j'admire et affectionne, le deuxième que je quitte en me demandant si je le reverrais un jour, alors que ça me déchire le c½ur.
 
« Je vais veiller sur ta Maison, il me dit.
– Merci.
– Ne traînez pas trop. »
 
Je hoche la tête et je laisse Thomas lui dire au revoir avant de monter derrière le volant. Nous allons devoir passer par les petites villes car les grandes routes sont souvent encombrées par les voitures de ceux qui voulaient fuir et qui sont morts, pris au piège de leur bêtise : lorsqu'il n'y a plus d'espoir, fuir n'est jamais la solution. C'est se cacher qui est le plus intelligent. Se cacher et le faire correctement.
 
Thomas monte à côté de Truman et je démarre la voiture. Elle toussote moins que lorsque nous l'avons ramené au village alors tout est bon. Je jette un dernier regard à Graham qui nous ouvre les portes et lorsqu'on sort enfin, un lourd silence s'abat sur la voiture ; nous sommes dehors et en quelques minutes à peine, nous quittons la Zone de Confort. Je m'apprête à prendre la direction Est, la seule route dégagée des environs, pour prendre la direction de Washington, quand Louis me hurle de faire attention.
 
« HARRY ARRÊTE-TOI ! »
 
Je donne un violent coup de frein, je sens que Truman s'écrase dans mon siège et lorsque je réalise qu'une personne est à moitié couchée sur le capot et que c'est Sally, je serre les dents pour ne pas l'insulter de toutes mes forces. J'hésite même à lui rouler directement dessus pour qu'on n'en parle plus.
 
Elle n'est pas blessée, ni même choquée, car elle fait immédiatement le tour de la voiture pour venir s'adresser à moi. Elle a des cernes de trois kilomètres sous les yeux et elle donne l'impression d'être à l'extérieur depuis bien plus longtemps qu'une nuit ; ses cheveux bruns sont en bataille et ses yeux tout aussi bruns ont l'air fou, sur le qui-vive.
 
« Emmenez-moi avec vous.
– Va-t'en Sally, je soupire.
– Emmenez-moi ou bien j'allume un putain de feu de camp aux portes du village qui ameutera tellement d'Impurs qu'ils détruiront tout sur leur passage. »
 
Je me tais ; je sais qu'elle est capable de faire ça. Je sais qu'elle n'a pas peur de mourir si elle est certaine que tout le monde meurt avec elle.
 
« Mais elle ne fera rien, râle Truman, ce n'est qu'une grande gueule. Elle ne sait même pas allumer un putain de feu de camp ! »
 
De sa proche, Sally sort plusieurs briquets qu'elle me montre avec un sourire en coin.
 
« Je voulais le faire cette nuit, mais je me suis dit que je vous laissais une chance de vous racheter. Alors sois je monte, sois ils meurent. Dans tous les cas vous perdez alors que je gagne. Est-ce que ça vous va, bande de fils de pute ? »
 
Louis retient son souffle, je sais qu'il va me détester autant qu'il va me comprendre.
 
« Monte. Mais si tu tentes quoi que ce soit envers Louis, ou l'un d'entre nous, je t'abats sur-le-champ, c'est clair ?
– Pas si je tire la première. »
 
Elle affiche un large sourire et oblige Thomas à s'installer au milieu pour pouvoir monter. Au lieu de quatorze jours de ration, nous tombons à douze – en partant du principe qu'elle avait prévu quelques provisions dans le sac que nous l'avons autorisé à emporter.
 
 
Été 2022. Quelque part dans le Wyoming.
 
Nous roulons depuis un peu plus de quatre heures et l'ambiance lourde qui règne est oppressante. Nous avons croiser quelques Impurs en bord de route, certains nous ont couru après, d'autres étaient plus intéressés par les restes de cadavre qu'ils trouvaient à leurs pieds. Pas de horde, pas de chasseurs. Comme si l'état n'était pas aussi infesté que nous aurions pu l'imaginer. Personne ne commente ce qu'il voit – même pas Sally – et nous pourrions certainement entendre une mouche voler ; c'est pour cette raison que les bruissements provenant de l'arrière du Pick Up attirent mon attention. Plusieurs fois je regarde dans le rétroviseur, plusieurs fois je me dis que je deviens parano. C'est le bruit sourd d'un coup donné dans le coffre qui me force à m'arrêter au milieu de la route.
 
« Putain mais c'est quoi ça ? », s'emporte Truman.
 
Tout le monde regarde à l'arrière, parce que tout le monde a entendu. Sally donne un coup dans le pare-brise qui donne sur l'arrière du Pick Up.
 
« Qu'est-ce que c'est ? », elle piaille avec une voix de crécelle.
 
La bâche s'agite, se soulève pour finalement être glissée à l'arrière, révélant ainsi une silhouette que je ne connais que trop bien.
 
« Anna ? »
 
Je quitte la voiture pour rejoindre l'arrière.
 
« Bon sang mais qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce que c'est que—
– Ah non, hein, tu ne te fâches pas contre moi parce que tout ça, c'est de sa faute ! », elle me coupe en pointant du doigt derrière elle.
 
Je n'ai qu'à pencher ma tête sur le côté pour apercevoir Julian, tétanisé à l'idée de ce que je vais penser de cette situation.
 
« J'ai envie de faire pipi, il murmure alors que je lâche le plus long soupir de toute ma vie.
– Alors celle-là, c'est la meilleure ! », lâche Sally en éclatant de rire.
 
La seule chose qui me vient sur l'instant c'est : putain, comment est-ce que je vais pouvoir gérer ça ? Les rations tombent à sept jours. Quelle merde.


#RAMfic Ça y est, ils sont dehors et l'équipe est au complet... C'est marrant car quand j'ai commencé ce tome, ce n'était pas du tout l'équipe que j'avais en tête alors c'est marrant d'imaginer l'évolution et de voir que, même Harry qui prévoit toujours tout, se retrouve pris de cours parce les enfants n'en font qu'à leur tête. La question est : vont-ils tous parvenir à rejoindre Washington en un seul morceau ? xD Même moi je n'en sais rien, nous allons découvrir ça ensemble ! J'espère que ce chapitre vous a plu

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Comments :

  • Tronnor

    05/03/2017

    Mais ils sont cons so coman

  • resteavecmoific

    01/03/2017

    Butterfly1802 wrote: "Je préfère savoir Sally avec eux plutôt qu'à roder autour de New Heaven. Et au fond, je suis bien contente que les enfants soient là. Il va y avoir des embûches c'est sûr mais au moins Harry pourra donner Sally aux impurs ??
    Merci pour ce chapitre Mélanie. Si un jour c'est l'apocalypse, je te rejoindrai pour survivre ?
    Je t'embrasse.
    Emilie
    "

    Oui, c'est sûr que Sally autour de New Heaven serait un problème mais où qu'elle soit, elle peut en parler autour d'elle... faudra bien régler ce problème un jour où l'autre !
    Y a pas de soucis, tu peux me rejoindre en cas d'apocalypse, je me sens prête MDRRR
    ❤ ❤

  • resteavecmoific

    01/03/2017

    Visiteur wrote: "Super chapitre ! J'ai beaucoup aimé voir que Harry avait peur de partir, ça le rend plis "humain"

    Par contre Sally me fait flipper, j'espère que l'un d'entre eux va se débarrasser d'elle rapidement....
    "

    Oui je pense qu'il ne faut pas oublier qu'il a malgré tout des faiblesses et que si tout le monde se repose toujours sur lui, lui ne sait pas sur qui se reposer et c'est parfois difficile !
    Ahah oui, ce serait bien qu'elle quitte rapidement le navire xD

  • resteavecmoific

    01/03/2017

    Visiteur wrote: "La fin ma fait bien rire, le pauvre Harry si attendait pas!
    Allez mes loulous bonne chance pour la suite de l'aventure!
    "

    Ahah oui c'est sûr, c'est une belle surprise !

  • resteavecmoific

    01/03/2017

    Victoria wrote: "C'était à douter que Julian allait pas abandonné (quoi que c'est le "fils" d'H et que c'est son talent caché l'abandon 🤔) ca aurait était trop facile pour H de partir sans soucis des le début !
    J'espere qu'il s'inquiète pour rien à propos de sa relation avec Louis et que dans la tête de Lou ils ne soient pas que des amis parce que mon c½ur ne le supporterai pas lol.
    Je stresse pour eux, pour leur voyage jusqu'à WDC, j'espère qu'ils y arriveront tous vivant, sauf peut être Sally elle ca ne me dérange pas si elle meurt d'en d'atroce souffrance.
    J'ai beaucoup aimer ce chapitre, le fait de voir harry aussi peu sur de lui Nous montre que personne n'est infaillible.
    "

    Julian est têtu et je pense qu'avec son raisonnement d'enfant, il s'est dit que ce serait pire seul à New Heaven que dehors donc il n'a écouté personne à par lui-même.
    Ahah Sally, personne ne veut la voir rentrer xD
    Merci beaucoup ❤ j'trouve que c'est important de montrer qu'il est humain malgré tout !

  • resteavecmoific

    01/03/2017

    @Cartooune wrote: "Oulalalala je suis complètement en flippe ! C'est tellement surprenant de voir Harry douter à ce point. Il a tellement toujours donné l'image du mec sûr de lui, qui sait gérer n'importe quelle situation que le voir remettre tout en question comme ça, à la place de Louis je serais paniquée ! La décision qu'Harry a pris a dû être tellement dure à prendre...ça se voit qu'il a conscience que New Heaven ça peut vite devenir n'importe quoi pendant son absence. Tu m'étonnes qu'il soit angoissé le pauvre ! Il doit s'inquiéter de la vie extérieure et de la vie à l'interieur pendant son absence, ça fait beaucoup d'angoisse pour une seule personne ! Je comprends pas qu'ils aient laissé Sally dehors sans la tuer. C'est tellement une menace, elle connaît le fonctionnement de NH elle pourrait facilement les détruire. Et Harry aurait dû l'écraser avec sa voiture quand il en avait l'occasion. Du coup ils vont en faire quoi ? Oh ! OH ! Est ce qu'Harry a fait ça pour pouvoir l'abandonner à Washington, à des kilomètres du village pour qu'elle ne soit plus une menace ? o_o Ce serait tellement une bonne idée ! Au moins ils auraient pas besoin de la tuer !
    C'est tellement fou qu'Anna et Julian soient venus. Ils passent de 4 à 7, ça devient tellement plus dangereux ! Parce que là s'ils mettent pas 7 jours pour faire l'aller/retour ils vont devoir s'arrêter pour piller d'autres magasins, qui ne sont pas sécurisés comme celui de NH... Rooooh l'angoisse ! Trop impatiente de savoir la suiiiiite ❤❤❤
    "

    Oui, je pense que même lui il s'effraie de ne pas maîtriser parfaitement la situation mais bon, il est humain, il a également ses failles et clairement, l'imprévu ça ne le réussi pas... xD
    Pour Sally, je pense que personne n'aurait voulu tirer (peut-être à part Thomas mdr) pour l'achever mais ça a été décidé à la va-vite. S'ils n'avaient pas été pressé par le départ, Harry aurait trouvé un moyen de l'empêcher de nuire. Après oui, il aurait dû l'écraser avec sa voiture, c'est certain xD En tout cas, c'est sûr qu'il a devoir l'abandonner quelque part, mais y a toujours le risque qu'elle parle du village... c'est compliqué quoi.
    Ahah oui, 7 c'est trop et il n'y a pas que pour le rationnement que ça va poser problème...

  • resteavecmoific

    01/03/2017

    heyfifou wrote: "HARRY était déjà tétanisé de pas savoir protéger Louis maid alors la avec deux enfanrs a chargé plus la surveillance de sally il va péter un câble
    Honnêtement ? J aurais roulé sur sally sa aurait mis tout le monde en sécurité de cette vieille folle
    C est un euphémisme de dire qu' ils sont graves dans la merde la !
    Courage mon petit haz
    "

    Ahah oui c'est vrai que rouler sur Sally aurait été une bonne décision !! ❤

  • Butterfly1802

    26/02/2017

    Je préfère savoir Sally avec eux plutôt qu'à roder autour de New Heaven. Et au fond, je suis bien contente que les enfants soient là. Il va y avoir des embûches c'est sûr mais au moins Harry pourra donner Sally aux impurs ??
    Merci pour ce chapitre Mélanie. Si un jour c'est l'apocalypse, je te rejoindrai pour survivre ?
    Je t'embrasse.
    Emilie

  • Visiteur

    23/02/2017

    Super chapitre ! J'ai beaucoup aimé voir que Harry avait peur de partir, ça le rend plis "humain"

    Par contre Sally me fait flipper, j'espère que l'un d'entre eux va se débarrasser d'elle rapidement....

  • Visiteur

    23/02/2017

    La fin ma fait bien rire, le pauvre Harry si attendait pas!
    Allez mes loulous bonne chance pour la suite de l'aventure!

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